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18 mars 2018 7 18 /03 /mars /2018 08:00

Comment définir le paradoxe de la non-action du sage taoïste. Pourquoi cette notion est-elle aussi politiquement incorrecte et redoutée par le système.

 

shì yǐ shèng rén chǔ wú wéi zhī shì

Être - Ainsi - Sage - Homme - S'occuper - [Négation] - Agir - [liaison] – Travail

 

[yǐ] Cf. 1-5. () [shèng] signifie le sage, le saint ou sacré. [rén] signifie l’homme.  () [chǔ] signifie s’entendre (avec quelqu’un), manager, s’occuper, être dans une certaine position de ou punir. () [wú] Cf. 1-3. () [wéi] Cf. 2-1 [shì] signifie chose, affaire, business, problème, accident, travail, responsabilité, servir, être engagé dans,…

 

Première apparition de la figure de 圣人 [shèngrén],le Sage ou le Saint homme taoïste dont Lao Zi nous décrira régulièrement le comportement… ou non-comportement !

 

[wú wéi] signifie le non-agir, concept central du Taoïsme qui ne consiste pas en l’absence d’action, dans le contraire de l’action, l’inaction, la fainéantise ou la lâcheté mais plutôt dans une idée de lâcher prise, de laisser faire, de confiance dans le déroulement de toutes les choses et dans les lois de la nature. L’idée également de ne pas prendre parti et de ne pas sortir du flux du Tao en choisissant, par ses actions, telle ou telle direction. « Le Sage laisse son libre cours. Il s’abstient d’intervenir, ou par action physique, ou par pression morale. Il se garde de mettre son doigt dans l’engrenage des causes, dans le mouvement perpétuel de l’évolution naturelle, de peur de fausser ce mécanisme compliqué et délicat. » précise Léon Wieger. Jean-Shérab sur le Forum du Tao : « Pour moi le non-agir n’est pas l’absence d’action mais bien que l’action se règle de manière adéquate, fluide, souple et immédiate à la réalité. Dès lors, l’action s’accomplit de manière juste et par elle-même, spontanée parce qu’elle ne se règle plus sur tous ces blocages et préjugés qui alimentent habituellement la conscience ordinaire, sur les tendances égocentriques dirait-on dans le bouddhisme mais sur l’authenticité et la sagesse inhérentes à cette conscience. »

 

 

suivre_courant.jpg

 

 

Trad.1 : C’est pourquoi l’homme de vertu, le Saint, règle ses affaires en pratiquant le non-agir, gouverne par le non-faire, adopte la tactique du non-agir, pratique le non-agir, fait son occupation du non-agir, œuvre selon le non-agir, s'abstient de toute action.

♥ « C'est pourquoi/Ainsi le Sage pratique le Non-agir » (Marcel Conche ou Shi Bo)

♣ « Ainsi le sage agit sans action active » (Feng Xiao Min)

► Le travail du Sage consiste à adopter le principe du non-agir, du lâcher-prise ou Le Sage est sage parce qu’il est engagé dans la pratique du non-agir.

 

Trad.2 : Ainsi le Maître, le Saint-Homme, agit en n’agissant pas, agit sans rien faire.

► Cette voie semble réductrice au regard de la complexité de la phrase chinoise et crée un paradoxe de plus : l’action non agissante ! On pourrait néanmoins considérer que le Sage agit sur les autres (leur laisse une impression, leur sert d’exemple) via son détachement, via son refus de l’action agissante.

 

♫ Ainsi, le Sage travaille à non-agir

 

Réflexions :

1. « Le grand but de la vie n’est pas le savoir mais l’action » disait Thomas Huxley. Ni l’un ni l’autre, rétorque Lao Zi : le secret du bonheur est de se fondre dans le rythme du Tao, de retrouver le courant de la Nature. L’action est en effet à la fois discriminante (une direction plutôt qu’une autre), violente (aller à contre-courant) et illusoire (penser pouvoir se soustraire aux lois de la nature par son action).

2. Un appel à ne rien faire ? Non pas puisqu’il est dit que le Sage continue à agir. Il le fait par contre sans se forcer : il ne reste pas « immobile dans le courant d’une rivière » (proverbe japonais) mais le suit, respecte sa nature profonde.

3. Un appel à se fondre dans la masse et à suivre les modes ?  Au contraire, le Sage s’éloigne de la superficie et de la décadence de la société pour retrouver le contact avec les fondamentaux. Sa non-action pourrait ainsi s’apparenter à la désobéissance civile d’un Henry David Thoreau qui partit vivre dans les bois et qui précisait « la seule obligation que j’ai le droit d’adopter, c’est d’agir à tout moment selon ce qui me paraît juste »[1] « Selon ma nature dans le Tao » dirait le sage taoïste.

4. Dans un monde qui prône la vitesse et la croissance, le simple geste de ne rien faire est un puissant levier pour changer de paradigme : ne pas acheter tel ou tel produit, ne pas prendre sa voiture, ne pas allumer sa TV, ne pas suivre l’actualité imposée par les médias,… Là où l’action formatée rend esclave, la non-action libère !  C’est dans ce sens que l’on peut dire que la non-action agit !

5. « Qui n’avance pas recule » dit un proverbe latin. Cette obligation à l’action, à l’activité trépidante, est l’une des causes majeure du stress et de la déliquescence de notre société. Cf. mon ouvrage l’Obsession de la performance. Au « travailler plus pour gagner plus » de Sarkozy, il convient de répliquer par « le droit à la paresse » de Paul Lafargue.

6. « Le secret du succès, c’est de faire coïncider vocation et vacances » disait Mark Twain. « Choisissez un travail que vous aimez : vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie » disait bien avant lui Confucius. Pourrait-on dire, en paraphrasant Lao Zi que l’homme heureux « travaille sans travailler » ?

 

Le Mendiant

 

[1] Thoreau, La désobéissance civile, Mille et une nuits, 1996, p.12

 

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16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 08:00

Pourquoi la marche du temps doit être replacée dans un contexte. Pourquoi ce qui vient après vient aussi avant.

 

qián hòu xiāng suí

Avant - Après - Mutuellement - Se suivre

 

[qián] signifie devant, avant, en avant, précédent ou premier. () [hòu] signifie derrière, à l’arrière, après ou plus tard.   [suí] signifie suivre, satisfaire (le souhait de quelqu’un), laisser faire

 

Traductions :

♥ « L'avant et l'après se suivent » (Liou Kia-hway et Marcel Conche)

Le devant et le derrière, l’antériorité et la postériorité, l’avant et l’après se mêlent, se succèdent, s’enchaînent, sont la conséquence l’un de l’autre.

 

► L’après est toujours l’avant de quelque chose, le devant est toujours l’envers du derrière. Pile et face ! « Dans la théorie de la relativité générale, les concepts classiques d’espace et de temps comme entités absolues et indépendantes sont totalement abolis […] les mesures mettant en jeu l’espace et le temps sont relatives, dépendantes du mouvement de l’observateur. » (Capra, p.182) 

 

 

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Continuité ?

A noter dans certaines traductions une continuité à cette phrase, comme s’il existait dans certaines versions davantage de caractères : « Le tout et le rien ont le même visage » (Conradin Von Lauer) ou « Ce sont des principes éternels » (Shi Bo)

 

♫ Avant et après se suivent

 

Réflexions :

1. « Qu’est-ce que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus. » (St Augustin, Confessions) Le temps est un concept relatif, lié à notre mouvement et à nos pensées. « Les sages orientaux […] soulignent non seulement que la pratique de la méditation leur permet de transcender l’espace tridimensionnel ordinaire, mais également – et même avec plus de force – que leur conscience ordinaire du temps est dépassée […] Ils font l’expérience –disent-ils – d’un présent infini, éternel et cependant dynamique. » (Capra, p.183)

2. « Patience ! Avec le temps, l’herbe devient du lait » dit un Proverbe chinois.  Nos problèmes du quotidien appartiendront vite au passé et Voltaire de souligner « Ils firent ériger une belle statue au TEMPS, avec cette inscription : A CELUI QUI CONSOLE »

3. L’important est de vivre au présent ! « Oublions la marche du temps ; oublions la lutte des opinions. Appelons-en à l’infini, et prenons-y place » déclare Zhuang Zi (Chap II). « La vrai générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent » écrit Albert Camus dans La Peste.  « L’avenir ? C’est ce que l’on a inventé de mieux pour gâcher le présent » s’écrit Brigitte Bardot dans Et Dieu créa la femme. « Ce qui est passé a fui; ce que tu espères est absent; mais le présent est à toi » conclut un proverbe arabe.

 

Le Mendiant 

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14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 08:00

Pourquoi une civilisation du bruit créée nécessairement de multiples tensions. Pourquoi le silence facilite notre compréhension du Tao.

 

yīn shēng xiāng hé

Son - Voix - Mutuellement - S'harmoniser

 

[yīn] signifie le son, le bruit, les nouvelles [shēng] signifie le son, la voix, le ton, la réputation. Les deux caractères désignant plus ou moins la même chose, on en vient à s’interroger sur l’absence de contraste : le bruit subi par rapport à la voix ou au son maîtrisé ?  Shi Bo donne un élément de réponse : « Selon les anciens, le mot "voix" signifie la prononciation simple tandis que le mot "son" est la composition d'une série d'articulations rythmées et musicales. » Quoi qu’il en soit, on se serait plutôt attendu à un « silence et bruit s’accordent » ou à un « Le son et le silence créent l'harmonie » (Conradin Von Lauer). C’est également le choix de Jonathan Star. [hé] signifie harmonieux, gentil, paix, ensemble avec ou la somme (mathématiques).  

 

J’ai décrit la Chine (dans mon livre 1,2 milliard de martiens 十二亿火星人) comme la « Civilisation du bruit » mais il serait injuste de ne pas généraliser cet aspect de la société au monde capitaliste ou signaler que la Chine possède également ses zones de silence, histoire sans doute de justifier la présence dans le dictionnaire de trois mots différents. Le silence, c'est d'abord être calme et solitaire 寂静 [jìjìng]. C'est aussi l'absence de voix 无声 [wúshēng]. C'est enfin une personne qui est réticente à communiquer 沉默 [chénmò]. Le silence n'existe donc pas véritablement en lui-même mais se traduit plutôt par l'absence de quelque chose ou un isolement par rapport à la société. 

 

 

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Traductions :

Le son et la voix, le son et le bruit, les tons et la voix, notes et sons consonnent, s’accordent, s’harmonisent ensemble, entre eux.

► Les sons, le bruit de la nature s’accordent (ou s’additionnent ?)  avec le son, la voix des hommes.  

 

♫ Bruit et silence s'harmonisent

En effet, « le silence est la sieste du bruit » (José Artur) ou « du temps perforé par des bruits » (Marc de Smedt)

 

Réflexions :

1. « Si le silence pouvait hier être considéré comme d’or, il mériterait aujourd’hui d’être au moins de diamant ou de platine : le monde moderne casse littéralement les oreilles ! […] Notre bien-être passe ainsi, de temps en temps, par des périodes de récupération au calme relatif de la nature. Nous ne sommes jamais loin d’un jardin public où l’on pourra, durant quelques minutes, se concentrer sur le chant des oiseaux. » (Les clés du bien-être)

2. « J’écoute le chant de l’oiseau non pour sa voix, mais pour le silence qui le suit » (Noguchi Yonejiro) Pour apprécier ce qui existe, il faut l’entourer de rien !  Et pour laisser ses sens s’exprimer, il convient de leur laisser du vide !  « Les notes, je ne les joue pas mieux que bon nombre de pianistes. Mais les silences entre les notes – ah ! c’est là où réside l’art » disait ainsi le grand pianiste Arthur Schnabel.

3. « J’ai fréquemment besoin de plusieurs jours de silence pour me remettre de la futilité des mots » disait Carl Jung. En effet, « dans le silence et la solitude, on n'entend plus que l'essentiel » (Camille Belguise.) Ainsi, « parle si tu as des mots plus forts que le silence, ou garde le silence » (Euripide) car « le silence est l'âme des choses » (Proverbe français), « l'aboutissement suprême du langage et de la conscience » (le Clézio), « le plus haut degré de la sagesse » (Pindare)

4. « Le silence permet de garder le contrôle, d’avoir toujours une méditation d’avance, d’être un pas plus loin que le discours et ses thèses. Il est spécifiquement de l’ordre de la synthèse. » (Marc de Smedt[1]  Et si nous prenions donc quelques temps de silence chaque jour afin d’intégrer le Tao en nous ?

 

Le Mendiant

 

[1] Marc de Smedt, Eloge du silence, Albin Michel, 1986, p.48

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12 mars 2018 1 12 /03 /mars /2018 08:00

Pourquoi le haut et le bas sont de simples perspectives. Pourquoi les concepts de supériorité ou d’infériorité n’ont aucun sens.

 

gāo xià xiāng qīng

Haut - Bas - Mutuellement - S'incliner

 

[gāo] signifie grand, haut, au-dessus de la moyenne, avancé, supèrieur, bruyant ou coûteux. 高贵[gāoguì] signifie ainsi noble, privilégié ou élitiste tandis que 高级[gāojí] signifie haut rang, supérieur hiérarchique ou avancé. [xià] signifie vers le bas, sous, en dessous, inférieur, suivant, descendre, tomber, décliner, terminer (un travail), se faire une idée, donner naissance, enlever,… [qīng] signifie s’incliner, se pencher, s’écrouler, dévier.

 

Traductions :

Le haut et le bas se penchent, se tournent l’un vers l’autre, se touchent, se regardent réciproquement, se rencontrent l’un l’autre, reposent l’un sur l’autre.

♥ « Haut et bas se penchent l'un vers l'autre » (François Huang et Pierre Leyris)

► En escaladant une falaise, haut et bas procurent une même sensation de vertige. En marchant sur les mains, le ciel semble tout en bas. Tout est question de perspectives. « Le chemin vers le haut et vers le bas est le même » disait Héraclite (Capra, p.118)

 

Contre-sens :

La difficulté réside ici dans deux termes qui ne sont pas stricto-sensus opposés : le contraire de[gāo] serait ainsi plutôt [xiǎo] qui signifie petit, mineur, pour une courte période ou jeune tandis que le contraire de [xià] serait plutôt [shàng] qui signifie vers le haut, dessus, au dessus, supérieur, précédent, monter, soumettre, aller de l’avant, etc. Traduire la phrase par « Le grand et le petit se penchent mutuellement l'un vers l'autre » (Henning Strom) n’est donc pas plus absurde que de parler de haut et de bas comme les autres traducteurs.

 

♫ Supérieur et inférieur s’inversent

Une originalité en place d’un plus classique « Haut et bas s’inclinent ».

 

 

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Réflexions :

1. Convient-il de regarder vers le haut ou vers le bas ? La vision du surhomme qui vole au dessus de nos têtes, entretenue par les médias (Cf. 3.1), nous fait de l’ombre et nous complexe. Nous ferions mieux de regarder en face ou vers le bas, vers le mendiant philosophe par exemple, figure emblématique de la simplicité volontaire. Voir le conte Le Mendiant et le Milliardaire.

2. « Prince et Mendiant s’inclinent mutuellement l’un vers l’autre » ?  A l’empereur Alexandre qui aurait « voulu être Diogène » et qui l’aborda un jour par un « Demande-moi ce que tu veux… », le philosophe cynique répliqua par un: « Ote-toi de mon soleil »

3. Qui est en haut et qui est en bas ?  « La pauvreté, mesurée aux besoins de notre nature, est une grande richesse ; la richesse, par contre, pour qui ne connaît pas de bornes, est une grande pauvreté » (Epicure)

4. « Je conviendrais bien volontiers que les femmes nous sont supérieures si cela pouvait les dissuader de se prétendre nos égales » disait Sacha Guitry, illustrant avec talent l’absurdité de tels concepts. Afficher un « air supérieur » est ainsi le meilleur moyen de se reconnaître inférieur...

5. La recherche du bonheur est illusoire et l’on ferait mieux de faire le choix du Tao en apprenant à accepter comme naturelles les difficultés de l’existence. La sérénité est dans l’acceptation des hauts et des bas. « Un bonheur tout uni nous devient ennuyeux; il faut du haut et du bas dans la vie » disait Molière dans Les fourberies de Scapin.  Il est impossible de savoir ce que la vie nous réserve et il est illusoire et contre-productif de s’y opposer. D’où le non-agir du Sage taoïste.

 

Le Mendiant

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10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 08:00

Pourquoi taille ou longueur sont des concepts puérils. Pourquoi les défauts sont-ils aussi des qualités. Est-il possible d’atteindre la complétude dans le couple.

 

cháng duǎn xiāng xíng

Long - Court - Mutuellement - Se former

 

() [cháng] signifie long, longueur, qui dure ou point fort. Prononcé [zhǎng], il signifie chef, leader, supérieur, ainé, grandir, se développer ou augmenter.  [duǎn] signifie court, bref, manque, point faible ou faute. [xíng] signifie forme, corps, entité, apparaître, comparer, contraster

 

Traductions :

Le long et le court se forment l’un par l’autre, se donnent mutuellement forme, se définissent, se délimitent l’un l’autre, se complètent par comparaison.

♥ « Long et court renvoient l'un à l'autre » (François Huang et Pierre Leyris)

► Une multitude de court crée le long mais le long est le court de quelque chose d’autre. Le court et le long sont des appréciations relatives de toute mesure. « La longueur d’un objet dépend de son mouvement par rapport à l’observateur et elle change avec la vitesse de ce mouvement. […] Il est important de réaliser que cela n’a aucun sens de demander quelle est la taille « réelle » d’un objet, tout comme il n’y a aucun sens, dans la vie quotidienne, à demander la taille réelle de l’ombre de quelqu’un. » (Capra, p.174)

 

♫ Qualités et défauts se complètent

Le choix, ici, de l’originalité en place d’un plus classique « Long et court se mesurent »

 

 

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Réflexions :

1. « La bonne taille, c’est quand les deux pieds touchent par terre » (Coluche)

2. « La différence de taille et de forme, c’est ce qui est visible au dehors. La vraie beauté et le plaisir de la communion se manifestent intérieurement. Si l’homme assortit d’abord cette communion de son amour et de son respect pour la femme et s’il prend à cœur ce qu’il fait, que pourrait y changer une légère différence de taille et de forme ? » (Jolan Chang, Le Tao de l’art d’aimer, p.146)

3. « Ce n’est qu’avec les yeux des autres que l’on peut bien voir ses défauts » dit un proverbe chinois. « Qui cherche un ami sans défaut reste sans ami » dit un proverbe turc. Travailler à corriger ses défauts est une démarche certainement positive mais ne conviendrait-il pas aussi de les respecter comme étant naturels, d’arriver à les observer sans devoir passer par la confrontation avec l’autre ? Se plaindre des défauts de sa nature n’a en effet aucun sens ! (Cf. mon livre Le respect de sa nature)

4. Evitons de porter un regard trop manichéen sur nos défauts. Rien n’est jamais tout blanc, rien n’est jamais tout noir ! La timidité possède ainsi des atouts : l’écoute, le respect d’autrui, l’humilité,… De même, la colère est parfois légitime et permet de faire bouger les choses, la peur est un réflexe de sauvegarde, etc.  D’ailleurs « Nous plaisons plus souvent dans le commerce de la vie par nos défauts que par nos bonnes qualités » disait La Rochefoucauld. Qui voudrait comme ami quelqu’un de parfait ?

5. Dans le couple, la formule « tu me complètes » signifie que j’ai les qualités de ses défauts et les défauts de ses qualités. Nous devrions ainsi nous réjouir de la différence de notre moitié et l’accepter comme un gage d’harmonie. Or, « C’est justement sa différence, source de notre attrait pour lui, qui nous amènera à vivre autant de déceptions et de déchirements à ses côtés […] Dans sa quête évolutive, chaque partenaire [visant à bâtir le Nouveau Couple] accepte le retour vers lui-même pour y découvrir les forces latentes de son pôle inconscient. Plutôt que de chercher à se compléter à travers les forces de l’autre, chacun enclenche le processus de se compléter lui-même, visant l’unification intérieure. » (Claire Reid [1])

 

Le Mendiant

 

[1] Claire Reid, Etes-vous fusionnel ou solitaire ? Le nouveau couple, Louise Courteau, 2003, p.13 et p.63

 

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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 08:00

Pourquoi ce qui est facile pour l’un sera difficile pour l’autre. Pourquoi la simplicité est-elle éminemment complexe.

 

 

nán yì xiāng chéng

Difficile - Facile - Mutuellement - Se succéder

 

() [nán]signifie difficile, pénible, mauvais, déplaisant.  Prononcé [nàn], il signifie calamité, désastre ou reproche. [yì] signifie facile, facilement, aimable ou échange. [chéng] donne lieu à de multiples traductions et peut signifier accomplir, succéder, devenir, se changer en, se transformer en, capable, entièrement développé, à maturité, résultat, accomplissement, ok ou en grande quantité.

 

Traductions :

Le difficile et le facile, l’aisé et le malaisé, se complètent, se produisent, se forment, se parfont, s’accomplissent mutuellement, l’un par l’autre.

♥ « Difficile et facile s'entretiennent l'un l'autre. » (Stephen Mitchell)

► « Tout est difficile avant d’être simple » mais la simplicité n’est souvent qu’apparente...

 

♫ Difficile et facile s’entremêlent

Sont imbriqués l’un dans l’autre, se succèdent

 

 

facile difficile

 

 

Réflexions :

1. « Les choses les plus simples sont les plus extraordinaires, et seuls les savants parviennent à les voir. » (Paulo Coelho, l’Alchimiste). Mais qu’est-ce donc qu’une chose "simple" au regard du monde subatomique ? Le vide, par exemple, est-il simple ? « Dans le vide, il y a déjà tout […] Le vide, c’est la somme du Tout et du Néant » précise Olivier sur le Forum du Tao.

2. La simplicité est un art. Faire simple est drôlement compliqué… mais ce devrait être le sens de la vie que d’aller à l’essentiel.

3. « Ce qui est facile se doit entreprendre comme s’il était difficile, et ce qui est difficile comme s’il était facile » (Baltasar Gracian, Oraculo manual) Facile à dire, n’est-ce pas ?

4. « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué » semble demander l’administration et le système dans son ensemble. Ce qui est compliqué justifie en effet les experts (procédure, service) ou alors peut être brevetable et donc profitable (produit).

5. « Un intellectuel est un type qui est rassuré lorsqu’il n’est pas compris » (Pierre Perret)  La fonction de nombre d’experts semble être de compliquer à ce point les sujets qu’ils en deviennent indispensables, le meilleur exemple étant celui des nutritionnistes, profession non reconnue qui permet à chacun de dire plus ou moins n’importe quoi (mais toujours en compliquant bien les choses) et d’alimenter la confusion générale. Voir mon conte alimentaire gratuit "Bon appétit" sur le site du Mendiant.

6. Vivre ou mourir n’est pas bien compliqué. Bien vivre et bien mourir apparemment l’est et génère quantité de stress. Ne pas viser la performance simplifierait-il les choses ?

 

Le Mendiant

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4 mars 2018 7 04 /03 /mars /2018 08:00

Pourquoi rien n'est permanent… sauf le changement !  Pourquoi la matière se conserve envers et contre tout…

 

gù yǒu wú xiāng shēng,

Ainsi – Avoir/Être - Non-avoir/être - Mutuellement - Donner naissance

 

[yǒu] est à la fois le verbe avoir (posséder, il y a) et le verbe être (exister, il est). () [wú] est la négation de et signifie ne pas avoir, ne pas être, il n’y a pas, rien, nul, pas. [xiāng] signifie mutuellement, l’un l’autre, comment l’une des parties se comporte envers l’autre ou voir par soi même. [shēng] signifie (verbe) donner naissance, grandir, vivre et (nom) existence, vie, élève.

 

Traductions :

C’est pourquoi, l’être et le non-être, étant et n’étant pas, ayant et n’ayant pas, l’être et le vide, se créent, s’engendrent l’un l’autre, naissent l’un de l’autre, mutuellement, sans fin.

♥ « Car le Il y a et le Il n'y a pas s'engendrent l'un l'autre » (Marcel Conche)

► Avant qu’il y ait quelque chose, il n’y a rien et ce quelque chose retournera un jour au néant. L’être et le non-être, l’avoir et le non-avoir s’alternent naturellement. Impermanence de toute chose, sauf de l’impermanence. « Tout ce qui a la nature de l’apparition, tout cela a la nature de la cessation » rappelle le Majjhima-nikaya (texte pãli). « La seule chose qui ne changera jamais, c’est que tout est toujours en train de changer » dit le Yi King.

 

Contre-sens ?

Traduire par "être" et par "non-être" ne rend pas forcément bien compte de la complexité de ces deux notions. Les traduire par "ayant" et "n’ayant pas" est encore plus réducteur. Traduire par "néant" apparaît comme un contre-sens même si « L’Être et le néant » serait une passerelle intéressante vers l'ontologie (étude sur le sens de l’être, des propriétés générales de tout ce qui est) phénoménologique (étude des phénomènes) ou phénoménologie existentielle de Jean-Paul Sartre…

 

♫ Ainsi, il y a et il n’y a pas s'engendrent 

 

 

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Commentaires :

« Il semble d’ailleurs que Dao et yi [ de易经 Yijing, le Livre des Mutations] soient deux aspects d’une seule et même chose : tandis que le premier désigne l’unité originelle à laquelle toute chose revient, le second en est l’aspect manifeste ; à eux deux, ils évoquent la diversification ou démultiplication de l’il-y-a dans son déploiement à partir de l’il-n’y-a-pas, la source innommée. » (Anne cheng, p.274)

 

Réflexions :

1. « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau » disait Anaxagore de Clazomènes (500 – 428 av. J.-C.) réfutant ainsi l’idée d’un « non-être » créateur. Antoine Lavoisier (1743-1794) reprit l’idée avec son fameux « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » (Loi de la conservation de la matière) qui est formulée en réalité dans son Traité élémentaire de chimie de 1789 par : « […] car rien ne se crée, ni dans les opérations de l'art, ni dans celles de la nature, et l'on peut poser en principe que, dans toute opération, il y a une égale quantité de matière avant et après l'opération ; que la qualité et la quantité des principes est la même, et qu'il n'y a que des changements, des modifications. »[1] 

2. L’harmonie du monde repose sur l’alternance des contraires, la réciprocité : la nuit succède au jour, le soleil à la pluie, le bonheur au malheur, le travail aux loisirs, la veille au sommeil, la mort à la vie, etc. On ne saurait bénéficier de l’un éternellement et on doit se préparer à accueillir l’autre, avec le plus de détachement possible.

3. « Mon Dieu, donnez-moi la Sérénité / D’accepter les choses que je ne puis changer. / Le Courage de changer les choses que je peux, / Et la Sagesse d’en connaître la différence. » (Prière de la Sérénité, anonyme)

4. Jean-Shérab sur le Forum du Tao: « L'idée que toute chose se montre à travers une définition qui elle-même se définit en fonction d'une autre est une idée que le taoisme et le bouddhisme partagent. La tasse ne se définit pas sans rapport à un buveur qui lui-même se définit en fonction d'un brevage qui lui-même ne se définit pas sans la définition d'un liquide et ainsi à l'infini. C'est ainsi que le réel se manifeste à nous à travers le jeu des renvois et des relations. Dans le bouddhisme on définira cette relation en disant que ces entités n'ont pas de substance propre n'étant que des extractions fictives d'une réalité essentiellement dépendante et une. »

 

Le Mendiant

 

[1] Lavoisier, Traité élémentaire de chimie, 1789, p. 101. Merci Wikipedia !

 

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2 mars 2018 5 02 /03 /mars /2018 08:00

Pourquoi il est contreproductif de nier le mal ou ses défauts. Pourquoi le bien est une notion morale à relativiser voire à dépasser.  

 

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jiē zhī shàn zhī wéi shàn, sī bù shàn yǐ

Tous - Réaliser - Beau/Bon - [liaison] - Devenir - Bon, Cela - Pas - Bon – Ainsi

 

La phrase s’articule cette fois autour de [shàn] qui signifie (nom) bon, sage, amical, familié ou (verbe) être bon (à quelque chose), faire correctement (quelque chose).

 

Trad. 1 : Quand tous tiennent le bon pour le bon, savent que le bien est le bien, alors le mal, le non-bon est admis, l’idée du mauvais apparaît.

♥ « Le monde reconnaît le bien et par là le mal se révèle.» (Shi Bo)

► Comprendre le sens du bon conceptualise automatiquement le mal, l’un ne pouvant exister sans l’autre. « Toutes choses sont unes », « Tout est composé de contraires » dit Héraclite. « Le bien et le mal sont un » dit Hippolyte.

 

♫ Comprenant le bien, le mal apparaît.

 

 

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Trad. 2 : Tous connaissant le bien comme étant le bien, chacun tient le bon pour le bon, tout le monde sait que le bien est bien, voici le mal, voici d’où viennent les maux, voilà ce qui fait son imperfection, c’est en cela que réside son mal.

► Se focaliser uniquement sur les aspects positifs des choses, leur donner un caractère d’universalité  et nier leur contraire est un mal dans le sens où il y a contradiction avec l’harmonie du Tao. « La capacité de l’homme est apte à accomplir certaines choses, mais inapte à accomplir certaines autres. Tout le monde possède inévitablement son ignorance et son incapacité propres. Vouloir éviter ce que personne ne peut éviter, c’est une erreur regrettable. » (Zhuang Zi, XXII, p.184) Comme le précise Marcel Conche, la gageure est d’accepter « la réconciliation avec ce que, habituellement et très humainement, on refuse d’accepter, que l’on rejette comme ne devant pas être […] comme non lié essentiellement à son opposé : le mal, la guerre, l’injustice, la maladie, le besoin, la mort, bref le négatif. » (Héraclite, p.28)

 

♫ Quand tous s’accordent sur le bon, le mauvais apparaît

 

Réflexions :

1. « Quand ton esprit ne séjourne pas dans l’opposition du Bien et du Mal, quel est ton visage originel, celui que tu avais avant que tu ne fusses né ? » demande un koan zen. (Gonin, p.17)

2. Les manipulations médiatiques qui nous conduisent à tous penser la même chose, la morale qui nous dicte ce qui est bien et ce qui est mal, tout cela est évidemment contradictoire avec la liberté et est à la base des tyrannies ou guerres de religion.

3. Le monde est ce qu’il est et il est impossible de demander à ce que le mal disparaisse ou, pire, nier son existence. Cela ne signifie pas qu’il faille refuser de combattre l’injustice (« indignez-vous ! »)  mais, au contraire, admettre sa présence – et ainsi implicitement former en soi le désir de justice – pour pouvoir mieux l’éviter. On redoute d’abord ce qu’on ne connait pas !

4. « La voie ne commence vraiment que le jour où le disciple commence à accepter aussi bien les souffrances que les joies, sans vouloir les détruire. Détruire une émotion qui nous fait mal mais qui est un aspect de nous-mêmes correspondrait très exactement à l’attitude du savant dans son laboratoire qui repousserait avec horreur les rats cancéreux et les crachats purulents dont il a besoin pour sa recherche. […] Le « seul péché qui ne puisse pas être pardonné » est de nier ce qui est, de refuser à ce qui est le droit à être. » (Arnaud Desjardins, Les chemins de la sagesse)[1] 

5. Prendre conscience de son imperfection naturelle et regarder ses défauts avec bienveillance est le premier pas en direction de l’amour propre et du contentement personnel. Cf. mes ouvrages L’obsession de la performance et Le respect de sa nature.

 

Le Mendiant

 

[1] Arnaud Desjardins, Les chemins de la sagesse, La Table Ronde, 1999, p. 129

 

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8 février 2018 4 08 /02 /février /2018 08:00

Le premier chapitre du Daode Jing de Lao Zi, considéré par Jonathan Star comme la « fondation du texte entier » ou comme « un guide spirituel complet en lui-même ».

 

1

.

Le tao exprimable n'est pas Le Tao.

2

.

Le nom énonçable n'est pas Le Nom.

3

 

Innommable, Origine du Ciel et de la Terre;

4

.

Nommables, mères de toutes choses.

5

, ;

Vide d'ego, j'observe son Essence ;

6

, .

Empli d'ego, je perçois ses manifestations.

7

, ,

Deux noms issus de l’Unité,

8

, ,

Unité mystérieuse, mystère du mystère,

9

.

Porte de la compréhension.

 

Cliquer sur le numéro vous transportera directement aux explications de la phrase en question. Après le désordre ordonné, voici l’ordre apparent...

 

 

  Belles musique et images mais prononciation non académique...

 

 

 

  L’enthousiasme est là mais la compréhension reste aléatoire... 

 

 

 

  Plus classique mais quelques variations par rapport au texte…


   

 

 

Voilà qui est mieux avec, en prime, musique et cérémonie taoïste ! 


 

 

 

Commentaires:

 

D'emblée, Lao Zi annonce le caractère insaisissable du Tao: on ne peut l'énoncer, on ne peut lui donner de nom, son sens est obscur!  Il apparaît ainsi illusoire d'essayer de le traduire (Voie, Chemin, Vérité, Principe,…) ou de le tracer sans trahir aussitôt son essence, sans le limiter à un concept plus ou moins vague et donc le perdre.

 

"Au commencement était le Verbe / la Parole / le Logos" disent les traductions de la Bible[1] (Prologue Evangile selon St-Jean). "Au commencement est le Tao" (traduction de la Bible en chinois ) annonce bien Lao Zi mais essayer de le définir, de l'exprimer par la parole (), de la raisonner (le terme grec logos λόγος désigne à la fois la raison-intelligence et son expression, le langage) ou de l'associer à un autre concept tel que Dieu (la suite de l’Evangile: le Tao est avec Dieu , le Tao est Dieu ) est illusoire. Un nom ou un concept sont en effet par essence subjectif et limitatif, notre intelligence étant nécessairement incomplète (« Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien » de Socrate ce à quoi Lao Zi répliquera « Mieux vaut ne pas savoir que l’on sait »[2]). Le Tao par contre est complétude, présent en tout mais aussi flux, énergie dynamique, mouvement perpétuel, en constante évolution et donc par nature indéfinissable.

 

Le Tao, innommable (无名) donc, est l'origine () du Ciel et de la Terre ( ) c'est-à-dire de l'Univers qui, lui, est nommable (有名) et mère () des dix mille êtres c'est-à-dire de tous les êtres, de toutes les choses.  S'il n'est pas possible de définir le Tao, il est possible d'en prendre conscience: le détachement (attribut du Sage), l'absence de préjugés ou de désirs  () permet de découvrir son germe, son essence, ses subtilités () tandis qu'un homme plein de préjugés, prisonnier de ses désirs, ne peut observer que  ses limites, ses manifestations factuelles, par chance. () Deux perceptions possibles d'une seule et unique chose, source obscure, mystérieuse (), obscurité dans l'obscurité qui devient pourtant - tout comme le négatif par le négatif se transforme en positif - la porte () de toutes les merveilles (), le cheminement vers l'intelligence, la compréhension de tout ce qui est. Mais encore convient-il d’être assez réceptif pour ouvrir la porte, comme dans le tableau Light of the world de William Hunt, où l’on remarque les fleurs qui envahissent la porte… et l’absence de poignée car c’est une porte qui s’ouvre… de l’intérieur !

 

lightoftheworld_william_hunt.jpg

« La référence de tous ces mystiques est le Pseudo-Denys qui distinguait entre Dieu en lui-même (ousia) et Dieu dans ses biens, ses manifestations, ses actions (energeia). Dieu en lui-même est inconnaissable. […] Être en route vers ce Dieu en lui-même, c’est être en route vers le « nuage de l’inconnaissance » - chez Eckhart, la « Déité ». Par contre, Dieu dans ses biens, dans ce qu’il dit et fait est connaissable. Mais la source, la source non sourcée, ne peut être connue (la connaissance, c’est toujours rapporter à du déjà connu) ; on remonte à l’origine et il n’y a rien en amont de l’origine. » précise Bernard Durel dans son commentaire du Nuage de l’inconnaissance, texte anonyme mystique du XIVe siècle.[1]

 

Relevons enfin le magnifique « jeu de mot » de la première ligne: 非常 [fēicháng] signifie soit, si l'on sépare les idéogrammes, "non commun" ou "non perpétuel", soit, si on les regroupe "extraordinaire" pour une interprétation alors inverse: "Le Tao que l'on peut énoncer est le sublime Tao, Le nom qui peut le nommer est le sublime Nom". Le Tao est à la fois "commun" puisqu'à la base de toutes choses, présent partout et "hors du commun" puisque indéfinissable... Approche lumineuse yang après le sombre et mystérieux yin. Yin et yang qui ne s'opposent pas mais se complètent et se nourrissent l'un de l'autre. Ce premier chapitre contiendrait ainsi la dynamique et les manifestations sous deux formes du Tao pour une démonstration par l'exemple plutôt que par un long discours. La compréhension permet la clarté, le dépassement des préjugés permet de percevoir l'essence, l'absence d'ego permet d'accéder à la réalité et le Tao, à première vue obscur, se révèlera alors dans toute sa clarté...

 

Le Mendiant

 

[1] Le nuage de l’inconnaissance, commentaires de Bernard Durel, Albin Michel, 2009, p.35

[1] Il va de soi que les textes originaux en hébreu (Genèse) ou en Grec (Evangiles) offrent davantage de souplesse et de subtilités que les traductions qui ont été faites : La bible que l’on nomme bible n’est pas La Bible ! 

[2] Fritjof Capra, Le Tao de la physique, Editions Sand, 1985, p.28

 

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2 février 2018 5 02 /02 /février /2018 08:00

La révélation finale du premier chapitre du Daode Jing : qui y a-t-il donc derrière cette mystérieuse porte ?  Sur quoi l’obscurité et le mystère débouchent-ils ?

 

.  

zhòng miào zhī mén

Nombreux - Subtilité - [liaison] – Porte

 

() [zhòng] signifie multiple, nombreux, foule ou multitude. [miào] Cf.1-5. () [mén] signifie porte, entrée, barrière, valve, interrupteur, catégorie, famille ou école de pensée. 

 

Traductions :

Porte de toutes les merveilles, du subtil, du mystère merveilleux, de myriades secrètes, de toutes les choses spirituelles, de tous les secrets, de tous les prodiges, de l’absolu du merveilleux, de toutes les essences,…

♥ « La porte vers toute compréhension. » (Stephen Mitchell)

► Le mystère débouche sur l’essence, les subtilités du Tao c’est-à-dire l’Eveil !  « La porte du secret des merveilles est la porte générale où s’engendrent tous les changements et tous les mouvements. Cette porte est en fait le Tao » selon le maître calligraphe Shi Bo. « Porte par laquelle ont débouché sur la scène de l'univers, toutes les merveilles qui le remplissent. » clarifie Léon Wieger. « C’est le puits qui ne tarit jamais. Merveille des merveilles, le négatif ultime s’avère être le positif ultime ! » complète Douglas E. Harding[1]

Catherine Despeux prolonge les interprétations du « Maître du Bord du Fleuve » : « Celui qui comprend qu’à l’intérieur du ciel s’en trouve un autre et que le soufle reçu par chacun est d’une densité variable élimine les passions et les désirs pour se maintenir au centre (Cf. 5-5) et dans l’harmonie : telle est la porte d’entrée dans la connaissance de la Voie » (p.162)

 

porte nb

 

♫ Porte de la compréhension. 

Le terme de "Porte" rappelle aussi la légende du Daode Jing : après avoir été archiviste royal, Lao Zi perçu la décadence de l’Etat des Zhou et décida de partir vers l’ouest. Au moment où il allait franchir les limites, la porte du royaume, il fut arrêté par un gardien (gatekeeper en anglais c'est-à-dire gardien de porte) qui lui demanda de retranscrire son enseignement, ce qu’il fit en quelques heures, d’un seul jet de quelques 5000 caractères. Puis il franchit la porte…

 

Réflexions :

1.  Pas de panique : la compréhension est au bout du cheminement!  Tout est compliqué avant d’être simple !

2. Ce sont dans les moments les plus sombres que l’on se découvre le plus, que l’on est susceptible d’apprendre le plus, de remettre en question une vie déconnectée du rythme du Tao. Toucher le fond permet de remonter le plus vite à la surface (pour autant que l’on ne soit pas en haute mer avec des palliers de décompression à respecter !)

3. La lumière surgit des endroits les plus sombres, se cache au cœur des ténèbres. La lumière n'existe que par la pénombre et vice-versa. Quidquid luce fuit, tenebris agit (« Tout ce qui fuit à la lumière s’avance vers les ténèbres ») « et réciproquement » ajoute Nietzsche[2] ,comme le montre la figure du Tai Chi avec les notions du Yin et du Yang.

4. « Etre est sans attribut. Ce simple état d’être est méditation, c’est « dhyâna » - et c’est écrit sur la porte. La porte s’ouvre instantanément, si vous êtes un être simple – pas d’émotions, pas de pensées ; aucun nuage autour de vous, limpide ; aucune fumée autour d’une flamme, rien que la flamme – vous êtes entré. » (Osho[3])

 

Le Mendiant

 

[1] Douglas E. Harding, La troisième voie, Albin Michel, 2005, p.267

[2] Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, LGF, 1991, p.188

[3] Osho, L’Evangile de Thomas, Le Relié, 1994, p.72

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