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2 février 2018 5 02 /02 /février /2018 08:00

La révélation finale du premier chapitre du Daode Jing : qui y a-t-il donc derrière cette mystérieuse porte ?  Sur quoi l’obscurité et le mystère débouchent-ils ?

 

.  

zhòng miào zhī mén

Nombreux - Subtilité - [liaison] – Porte

 

() [zhòng] signifie multiple, nombreux, foule ou multitude. [miào] Cf.1-5. () [mén] signifie porte, entrée, barrière, valve, interrupteur, catégorie, famille ou école de pensée. 

 

Traductions :

Porte de toutes les merveilles, du subtil, du mystère merveilleux, de myriades secrètes, de toutes les choses spirituelles, de tous les secrets, de tous les prodiges, de l’absolu du merveilleux, de toutes les essences,…

♥ « La porte vers toute compréhension. » (Stephen Mitchell)

► Le mystère débouche sur l’essence, les subtilités du Tao c’est-à-dire l’Eveil !  « La porte du secret des merveilles est la porte générale où s’engendrent tous les changements et tous les mouvements. Cette porte est en fait le Tao » selon le maître calligraphe Shi Bo. « Porte par laquelle ont débouché sur la scène de l'univers, toutes les merveilles qui le remplissent. » clarifie Léon Wieger. « C’est le puits qui ne tarit jamais. Merveille des merveilles, le négatif ultime s’avère être le positif ultime ! » complète Douglas E. Harding[1]

Catherine Despeux prolonge les interprétations du « Maître du Bord du Fleuve » : « Celui qui comprend qu’à l’intérieur du ciel s’en trouve un autre et que le soufle reçu par chacun est d’une densité variable élimine les passions et les désirs pour se maintenir au centre (Cf. 5-5) et dans l’harmonie : telle est la porte d’entrée dans la connaissance de la Voie » (p.162)

 

porte nb

 

♫ Porte de la compréhension. 

Le terme de "Porte" rappelle aussi la légende du Daode Jing : après avoir été archiviste royal, Lao Zi perçu la décadence de l’Etat des Zhou et décida de partir vers l’ouest. Au moment où il allait franchir les limites, la porte du royaume, il fut arrêté par un gardien (gatekeeper en anglais c'est-à-dire gardien de porte) qui lui demanda de retranscrire son enseignement, ce qu’il fit en quelques heures, d’un seul jet de quelques 5000 caractères. Puis il franchit la porte…

 

Réflexions :

1.  Pas de panique : la compréhension est au bout du cheminement!  Tout est compliqué avant d’être simple !

2. Ce sont dans les moments les plus sombres que l’on se découvre le plus, que l’on est susceptible d’apprendre le plus, de remettre en question une vie déconnectée du rythme du Tao. Toucher le fond permet de remonter le plus vite à la surface (pour autant que l’on ne soit pas en haute mer avec des palliers de décompression à respecter !)

3. La lumière surgit des endroits les plus sombres, se cache au cœur des ténèbres. La lumière n'existe que par la pénombre et vice-versa. Quidquid luce fuit, tenebris agit (« Tout ce qui fuit à la lumière s’avance vers les ténèbres ») « et réciproquement » ajoute Nietzsche[2] ,comme le montre la figure du Tai Chi avec les notions du Yin et du Yang.

4. « Etre est sans attribut. Ce simple état d’être est méditation, c’est « dhyâna » - et c’est écrit sur la porte. La porte s’ouvre instantanément, si vous êtes un être simple – pas d’émotions, pas de pensées ; aucun nuage autour de vous, limpide ; aucune fumée autour d’une flamme, rien que la flamme – vous êtes entré. » (Osho[3])

 

Le Mendiant

 

[1] Douglas E. Harding, La troisième voie, Albin Michel, 2005, p.267

[2] Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, LGF, 1991, p.188

[3] Osho, L’Evangile de Thomas, Le Relié, 1994, p.72

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commentaires

Chris 22/02/2011 09:03


ouf !... bien content de trouver une porte au terme de ce premier chapitre !


Xavier 02/02/2011 10:02


Bravo Benoit pour ce très beau travail.
Quand tu dis que "La lumière n'existe que par la pénombre et vice-versa", je suppose qu'il faut l'entendre au sens plus large que toute chose n'existe que par son contraire, non pas au sens d'une
opposition mais dans celui d'une différence qui est complémentarité et nécessité. Autrement dit, le "ou" qui oppose en séparant (soit ceci, soi cela) devient un "et" qui assemble dans une
perspective plus vaste (une chose est à la fois et en même temps ceci et cela), ce que l'on retrouve dans le symbole du Yin et du Yang qui s'interpénètrent, chacun contenant une partie de l'autre
et engendrant l'autre.
Ce que j'ai retenu de ces réflexions, c'est que toute chose est à la fois yin et yang, en même temps, à tout moment. Après - et c'est là qu'un déséquilibre peut éventuellement intervenir - existe
une proportion de degré : trop de l'un ou trop de l'autre.
Mais comme ces "proportions" varient selon ce dont on parle et selon son contexte, toute la difficulté réside finalement dans le "choix" ou le dosage harmonieux de ces proportions. Le juste milieu
devient alors le juste équilibre. C'est bien là sans doute que réside toute la délicate difficulté car par rapport à quel référent peut on savoir que ce juste équilibre est ... ou n'est pas ?
Au-delà de la simple spéculation intellectuelle, je songe à tous les actes, évèvènements et autres composant notre quotidien. La question deviendrait alors ; comment être un bon "équilibriste" ?


Tao 03/02/2011 08:55



Comme tout cela est joliment exprimé!


"Il n'y a pas de vérité absolue et éternelle, mais des dosages. Il en résulte, en particulier, que les contradictions ne sont pas perçues comme irréductibles, mais plutôt comme des alternatives.
Au lieu de termes qui s'excluent, on voit prédominer les oppositions complémentaires qui admettent le plus ou le moins: on passe du Yin au Yang, de l'indifférencié au différencié, par transition
insensible" (Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise)


Remplacer le "ou" par le "et", y compris dans la phrase précédente, me semble une idée très pertinente!  Plutôt que de dire que l'on passe du Yin au Yang, il me semble qu'il vaudrait mieux
ainsi souligner l'alternance continuellement entre le Yin et le Yang, l'un ne pouvant exister sans l'autre. Coexistence. D'où la figure du cercle
"image par excellence de la globalité" (Cheng)


Les chinois visent à l'harmonie, à "l'accord parfait avec l'ordre des choses" (Cheng) mais dans le mouvement. Un déséquilibre ponctuel, une faute ou une erreur, ne poseront donc problème si l'on
n'en prend pas conscience à temps et continue insensiblement dans la même direction. Cf. nos politiques qui s'enferment dans l'erreur de la croissance ou du pouvoir d'achat.


La question ainsi serait moins selon moi d'être un bon équilibriste (frustrations et peur de tomber) et de garder le "juste milieu" ("Le juste milieu est impossible" affirme d'ailleurs Lie Zi)
que de "comment prendre rapidement conscience des déséquilibres" pour continuer à avancer. L'exercice de la méditation ou du "tiens, voilà du Dukkha" développés dans mon livre Le choix de la
sérénité pourrait y aider...