Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 08:00

Pourquoi le détachement préserve et assure la sérénité en tous lieux. Pourquoi l’humilité est signe de sagesse.

 

wài qí shēn ér shēn cún

Extérieur – Sa – Vie – Mais – Vie – Exister

 

[wài] signifie à/vers l’extérieur, autre, étranger, externe, en dehors de, au-delà, en plus ou non officiel. [cún]signifie exister, survivre, accumuler, collectionner, vérifier, réserver, retenir, être en stock, chérir ou abriter. Cf. 6-3.

 

Trad.1 :

Il met sa personne en périphérie, n’a pas soucis de son corps, se dégage de son corps, est insoucieux de sa vie, ne fait aucun cas de lui-même et alors sa personne est vivifiée, son corps, sa vie se maintient, se conserve, il se maintient en vie, arrive à se maintenir vivant

♥ « Oubliant sa personne, il la conserve.» (Docteur Marc Haven et Daniel Nazir)

♣ «Il néglige son moi et son moi se conserve.» (Liou Kia-hway)

► Centré sur l’intérêt désintéressé du sage : il oublie son être pour prolonger sa vie ou éviter les tracas, ce qui rejoint 2-12 « Mène sa vie sans la posséder ».

 

Trad.2 :

Il se met à l'écart, et pourtant demeure présent (Marcel conche)  En oubliant sa personne, il s'impose au monde (Conradin Von Lauer)

► Centré sur la position du sage vis-à-vis des autres : il est reconnu comme sage parce qu’il s’est placé en retrait par rapport au monde ou son ego.

 

foetus nb

 

Contre-sens ?

Même remarque que 7-4 : il devrait être ici moins question du corps et de la santé que de la vie du sage en général, de son détachement. Stephen Mitchell, une fois de plus, s’éloigne des caractères chinois avec un « Il est détaché de toutes choses; c'est pourquoi il est un avec elles », oubliant que « toutes choses » se traduit par (Cf. 1-4)

 

♫ Extérieur à sa vie, il la préserve

 

Réflexions ?

1. Le plus obnubilé par sa santé sera le plus souvent malade.

2. Ne pas attirer le regard sur soi, ne pas se mettre en avant, permet de passer entre les problèmes. « Mets donc le levier en toi et quitte-toi ! Car, en vérité ! si tu ne te fuis pas d’abord, alors, où que tu fuies, tu trouveras toujours empêchement et trouble » écrit Maître Eckhart (p.161)

3. Sans culte de la beauté, sans besoin de se regarder continuellement dans la glace, nous n’aurions pas recours à toutes ces crèmes chimiques (deux à trois cents substances chimiques différentes par jour et par femme, en moyenne, du fait des seuls cosmétiques) qui favorisent le vieillissement de la peau et de l’organisme. Comprenant le beau, le laid apparaît (2-1) Sans la tyranie de la beauté, les femmes resteraient ainsi belles plus longtemps… Voir le site www.beautebio.ch

4. « Du fait que l’idée d’un « moi » ou d’une « personne » lui est étrangère et n’ayant ni attachement ni aversion envers toutes choses, il peut tout le temps être libre et se sentir à l’aise en toutes circonstances. Il peut passer par le processus de la naissance ou de la mort, mais un tel processus ne peut jamais le lier, de sorte que la question de la naissance ou de la mort ne se pose pas pour lui. » (Un bouddhiste chinois de la secte de méditation, tiré du livre Houeï-Neng, le sixième patriarche zen, Albin Michel, p.129)

 

Le Mendiant

Partager cet article

Repost0
14 décembre 2018 5 14 /12 /décembre /2018 08:00

Pourquoi les derniers seront les premiers. Pourquoi l’humilité requiert aussi un détachement.

 

圣人

shì yǐ shèngrén hòu qí shēn ér shēn xiān

Être – Ainsi – Le Sage – Derrière/Après – Sa – Vie – Mais – Vie – Première

 

圣人 [shì yǐ shèngrén] Cf. 2-9  [hòu] Cf.2-8  [shēn] signifie corps, personne, vie, statut, soi-même, personnellement ou le caractère moral et la conduite de quelqu’un. [xiān] Cf.4-9

 

Traductions :

C'est pour cela que Sheng Ren, le Sage, le saint homme, le Saint met sa personne derrière, à l’arrière plan, se met après les autres, sait se tenir en retrait et alors sa personne est mise/propulsée en avant, il se retrouve au premier rang, se révèle toujours premier, en avance.

♥ «Le saint se met en arrière. Il est donc mis en avant.» (Liou Kia-hway)

♣ « De même le sage s'efface et par là apparaît. » (Ma Kou) « Suivant cet exemple, le Sage, en reculant, s’avance » (Léon Wieger)

► « Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers. » déclare la Bible (Matthieu, 20-16) et Jésus d’ajouter « quiconque veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu'il soit votre esclave. C'est ainsi que le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. » (20-26 à 20-28)  Il est ici moins question de morale que de révélation, de la compréhension d’un mystère qui nous dépasse: Dieu d’un côté, le Tao de l’autre !  Le Sage se place en retrait pour mieux appréhender le Tao (Cf.1-5)

 

gandhi.jpg

Contre-sens ?

Parler de corps et de position physique « Le Sage met/place son corps derrière/au dernier rang. On le place devant » est en soi une traduction juste mais trop terre-à-terre pour ce qui nous occupe ici à savoir le comportement du sage.

 

♫ Ainsi, le Sage se tenant derrière se retrouve devant

 

Réflexions ?

1. « Celui qui se dresse sur ses pieds ne peut se tenir droit » dit Lao zi. Se mettre en retrait permet au contraire souvent de gagner en perspectives.

2. Plus je me mets en avant et plus les autres s’éloignent « Le secret d’ennuyer, c’est de vouloir tout dire »  a dit Voltaire.

3. « Qui veut prendre le monde, il faut qu’il s’en déssaisisse. » dit Maître Eckhart. Comment en effet saisir si l’on a déjà les bras chargés de superflus ?

4. « Ich dien : je sers. » C’était la devise du Prince de Galles.  Quelle plus belle manière d’être utile que de servir ? » demande le Majordome dans Le Mendiant et le Milliardaire.  Et d’ajouter : « Nous sommes tous entourés d’êtres extraordinaires, mais nous sommes généralement trop accaparés par notre ego pour en prendre conscience.»

5. Il sera impossible d’observer et donc de comprendre quoi que ce soit tant que je serai occupé avec mon ego. Attention toutefois à la fausse modestie : se mettre derrière pour se faire bien voir ou bien valoir (de soi ou des autres) reste une attitude égotiste, centrée sur soi. « Cultiver l’humilité revient à cultiver l’hypocrisie » observait Gandhi.

 

Le Mendiant

 

 

Partager cet article

Repost0
12 décembre 2018 3 12 /12 /décembre /2018 08:00

Pourquoi l’altruisme est le meilleur accès à l’éternité. Comment la notion d’existence est intrinsèquement liée à la mort.

 

,

yǐ qí bù zì shēng, gù néng cháng shēng

Parce que – Ils – Pas – Eux-mêmes – Vivre, Ainsi – Pouvoir – Long – Vivre

 

Traductions :

Ils ne vivent pas pour eux-mêmes, pour eux seuls, n’ont pas de vie propre et peuvent donc durer indéfiniment, sont capables de durer longtemps, voilà pourquoi ils sont éternels, existent à jamais, peuvent vivre sans fin, voilà ce qui les fait durer et persister (indéfiniment), voilà pourquoi leur vie ne finit pas

♥ « Ils n'ont pas de vie propre.  Voilà pourquoi ils sont éternels. » (Conradin Von Lauer)

► Sans ego, sans conscience de la vie, comment peut-il y avoir conscience de la mort ?  Vie et mort, « il y a » et « il n’y a pas » (Cf. 2-3) sont intrinsèquement liés.

 

altruisme_nb.jpg

Contre-sens ?

Stephen Mitchell continue de broder sur l’idée du Tao et multiplie les caractères : « Il n'est jamais né; ainsi ne peut-il jamais mourir. Pourquoi est-il infini ? Il n'a pas de désirs pour lui-même; ainsi est-il présent pour tous les êtres. »  Autre explication de la durabilité, le curieux « c’est qu’ils ne se reproduisent pas » de J. J. L. Duyvendak, contradictoire au regard du culte confucéen de l’enfant mâle afin de précisément pérenniser la famille.

 

♫ Car ne vivant pas pour eux-mêmes

 

Réflexions ?

1. Sans avoir conscience de la vie, comment pourrait-il y avoir conscience de la mort ?  « Le premier homme qui est mort à du être drôlement surpris ! » a dit Georges Wolinski.

2. « Celui qui se laisse vivre se laisse mourir » a dit le Dr Pochet mais il n’était pas taoïste et « se laisser vivre » n’a rien à voir avec le concept de la non-action du Sage, Cf. 2-9.

3. L’insecte éphèmère, aussi appelé manne, ne vit que quelques heures. A son échelle, cela représente néanmoins à toute une vie !

4. Dans quelle mesure la conscience ne nous gâche-t-elle pas une partie de l’existence ?  Selon les bouddhistes, c’est ce concept du « moi » qui est la source de tous nos maux.

5. Être entièrement tourné vers les autres – à l’instar du ciel et de la terre – rend éternel dans la mesure où les autres témoignent et prolongent l’œuvre de générosité. Même disparus, les altruistes demeurent présents dans les cœurs.

 

Le Mendiant

Partager cet article

Repost0
8 décembre 2018 6 08 /12 /décembre /2018 08:00

Pourquoi rien n’est ici nécessaire. Comment le vide se manifeste parfois au cœur du Daode Jing.

 

tiān dì suǒyǐ néng cháng qiě jiǔ zhě

Ciel – Terre – Ainsi – Pouvoir – Long – De plus – Longtemps - [substitut]

 

[néng]signifie abilité, capabilité, talent, énergie, être capable de ou pouvoir

 

Traductions :

La raison pour laquelle le Ciel et la Terre sont capables d'avoir une durée très longue, éternelle,…  / Pourquoi durent-ils ? / S’ils durent toujours c’est parce que… / Leur éternité est due à…

♥ « […] » (Conradin Von Lauer ou Léon Wieger)

► Une phrase sans grand intérêt – eh oui il y en a ! – qui reprend l’énoncé de 7-1 et annonce 7-3.

 

♫ [rien du tout !]

 

Réflexions ?

1. Le vide permet de respirer, de se déplacer, bref de vivre !

2. Se reposer, prendre du recul, permet de mieux apprécier le Tao et la vie en général !

3. Même Lao Zi parfois se répète. Personne sous le ciel n’est parfait !

 

Le Mendiant

Partager cet article

Repost0
5 décembre 2018 3 05 /12 /décembre /2018 08:00

Pourquoi une croissance illimitée est impossible dans un monde limité. Pourquoi le ciel n’a pas la durée de la terre.

 

tiān cháng dì jiǔ

Ciel – Dure – Terre - Longtemps

 

() [cháng] signifie long, longueur ou qui dure [jiǔ]signifie pendant longtemps, long ou d’une durée spécifique.

 

Traductions :

Le Ciel et la Terre sont éternels  ont une durée très longue, éternelle, existent depuis longtemps, durent toujours. Le ciel dure/se prolonge/est sans fin/est persistant, la terre persiste/demeure/est durable/pérenne

♥ « Le ciel subsiste et la terre dure » (Liou Kia-hway)

► Si le ciel est éternel (dure dans le temps), la terre, elle, possède une durée spécifique. Nous savons en effet que l’univers est en constant développement tandis que notre terre est appelée à disparaître dans quelques milliards d’années.

 

terre_durable_nb.jpg

 

Contre-sens ?

Stephen Mitchell fait un contre-sens majeur en transformant le ciel et la terre en « Le Tao est infini, éternel ». Lao Zi employant deux adjectifs spécifiques, la traduction par « éternels » pour le ciel et la terre apparaît  également réductrice.

 

♫ Ciel éternel et Terre durable

 

Réflexions ?

1. Que vaut notre vie au regard de l’âge de l’univers ? Si l’histoire de la terre était réduite à l’échelle d’une journée, l’espèce humaine n’y occuperait qu’une toute petite seconde !

2. En tant que partie intégrante du Tao, en tant que poussières d’étoiles, ne sommes-nous pas également éternels ? Le retour au ciel et à la terre, le retour aux étoiles et à la poussière (Cf.4-6), nous permettra de continuer à "exister" dans autre chose, à alimenter le flux perpétuel.

3. Si la Terre est durable, le développement, lui, ne peut pas l’être, les ressources naturelles étant limitées. Une politique axée sur la croissance ou le pouvoir d’achat ne peut ainsi que nous mener à la ruine via une augmentation des inégalités.

 

Le Mendiant

Partager cet article

Repost0
12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 08:00

Un paragraphe particulièrement obscur, qui a fait l’objet de très nombreuses interprétations divergentes, de l’entretien du principe vital aux techniques sexuelles de longévité en passant par la valorisation du principe féminin.

 

1

,  

L’esprit immortel de la vallée évoque l’obscur féminin

2

天地  

La porte de l’obscur féminin est appelée racine du ciel et de la terre 

3

 

Flux continu si on en prend soin et en use avec parcimonie 

 

Cliquer sur le numéro de phrase vous transportera directement aux explications de la phrase en question. Après le désordre ordonné, voici l’ordre apparent…

 

 

Vidéos de l’internet chinois…

 

Prononciation en chinois (Chap 6 à partir de 2:57)

 

 


 

Et encore une fois les chants taoïstes :

 

 


 

 

Commentaires :

 

Dans la continuité de l’espace ciel-terre inépuisable du chap.5, voici l’esprit () immortel ( ) de la vallée (), vide en apparence mais riche de potentiel du fait justement de cette caractéristique. Le souffle de 5-3 se retrouve également avec la notion d’esprit, en latin « spiritus » (dérivé de spirare « souffler ») qui signifie souffle ou vent.

 

La fente de la vallée est également une métaphore pour la fécondité féminine (), la matrice d’où croît la racine () du ciel et de la terre (天地).  Nous avons ici un parallèle avec la mystérieuse () porte () de 1-9 mais contrairement à 1-3, c’est la mère (ou plus exactement « l’obscur féminin ») qui est cette fois « à l’origine du ciel et de la terre ». Ce qui était « inommable » est devenu une porte mais Lao zi conserve la clé et brouille les pistes : mystère du mystère ! (1-8)

 

samhain_pineaux.jpg  Samhain de Séverine Pineaux

 

Le mystère s’épaissit encore avec la troisième phrase et les interprétations contradictoires des traducteurs : alors que tous retrouvent l’ « usage inépuisable » de 5-4, la traduction "littérale" des caractères chinois dit le contraire et rejoint 5-5 ainsi que le concept du non-agir: la racine ne croit en continu ( ) que si () on la chérie () et l’utilise () sans () diligence ().  

 

Côté « traditionnel », c’est le Maître calligraphe Shi Bo qui éclaircit le plus clairement ce sombre chapitre : « Lao Tseu compare le Tao à la vallée qui est à la fois vide et réelle. La caractéristique (esprit) de cette vallée (Tao) est sa capacité à se perpétuer éternellement et à engendrer toutes les choses dans notre univers, comme une racine du ciel et de la terre. En un mot, selon Lao Tseu, l’utilité du Tao est intarissable, par conséquent les choses se développent à jamais. »

 

Nul doute que nous serons donc amenés à revenir sur ce paragraphe pour le moins… délicat !

 

Le Mendiant

Partager cet article

Repost0
8 novembre 2018 4 08 /11 /novembre /2018 08:00

Pourquoi la matrice doit être respectée et préservée. Pourquoi le non-usage garantit sa pérennité.

 

,

miánmián ruò cún, yòng zhī bù qín

Incessant – Si – Exister/Préserver/Chérir, Utiliser – [liaison] – Pas – Diligent/Régulièrement

 

[mián] signifie le fil de soie, continue ou doux. 绵绵 [miánmián]signifie incessant ou en continu.   [ruò] signifie ressemble à, comme, comme si ou si. [cún] signifie exister, survivre, accumuler, collectionner, vérifier, réserver, retenir, être en stock, chérir ou abriter. Ainsi, 存放 [cúnfàng] signifie laisser aux bons soins de quelqu’un. Cf. 4-7. [yòng] signifie utiliser, employer, dépenser, utilité, besoin, dépenses, frais, ainsi ou toutefois. Cf. 4-1. [qín] signifie diligent, assidu, travailleur, présence, assiduité, fréquemment ou régulièrement.

 

Trad.1:

Subtil, à peine visible, ténu(e), tel un filament, un filandre, il/elle paraît durer (toujours). Sa fonction, son usage ne s'épuise jamais, on y puise(ra) sans jamais qu'il s'épuise, on les emploie sans les épuiser / si l’on en fait usage, jamais elle ne s’épuise

♥ « Qui coule filet sans fin. Dont on use sans qu'il s'épuise. » (Père Claude Larre)

► Une  interprétation similaire à 4-1 en dépit de l’utilisation de caractères bien différents… De même, on note une contradiction avec 5-5 et la notion même de non-agir, de non-utilisation.

 

Trad. 2:

Ininterrompue comme la vie, comme perdurant, toujours renouvelé. Si on en fait usage, alors on est sans peine, on n’éprouve aucune fatigue / elle agit sans effort, elle ne fatigue pas.

♥ « Sans cesse elle croît. Invisible, sans effort. » (Ma Kou)

► Il n’y a rien à faire pour bénéficier du flux de la vie. Il est utilisable sans travail, sans effort et c’est pourquoi le Sage est adepte du non-agir.

 

preserver_planete_nb.jpg

 

Trad. 3:

« Ténu comme un fil (de soie), [le souffle] semble perdurer, dans une action qui jamais ne s’épuise / [l’âme]  œuvre mais jamais ne s’épuise » (traduction de Catherine Despeux selon le commentaire du Maître du Bord du Fleuve et de Wang Bi, p.230-232)

► Retour sur l’idée du souffle inépuisable déjà exprimé en 5-4  mais pourquoi Laozi se répèterait-il ainsi et où sont les caractères correspondant ?  L’âme du val est invisible, si ténue qu’elle semble exister.

 

Contre-sens ?

Nombre de traductions ne semblent pas suivre le sens de et le fait que soit le complément de via le caractère de liaison .  La version « utilisable sans effort » est possible mais l’idée de « non épuisement » s’éloigne par trop du sens premier des caractères.

 

♫ Flux continu si l’on en prend soin et en use avec parcimonie

« Utilisable sans diligence » pourrait signifier que travailler, être actif vis-à-vis de ce flux pourrait le tarir, tout comme parler épuise (5-5). D’où à nouveau l’idée du non-agir qui permet d’assurer l’harmonie. Cette interprétation écologiste sort largement des sentiers battus et est contradictoire avec les autres traductions et notamment celle de Stephen Mitchell « Tu peux l'utiliser comme bon te semble. » Elle rejoint toutefois les interprétations de « Je me tourne vers vous » à propos de la sexualité : si l’on préserve son essence vitale sans la gaspiller, en réfreinant son désir, on obtient la longévité.

 

Enseignements ?

1. « Polluer, c’est pas bien ! » mais s’indigner ne suffit pas.  Voir le conte écologique gratuit De l’air !

2. Respecter la nature revient à garantir la création et le renouvellement de la vie.

3. A l’inverse, exploiter sans vergogne les ressources de la nature – dans une vision de rentabilité à court terme - revient à mettre en péril ce qui était si généreusement offert. Exemple des sols rendus stériles par nos agriculteurs productivistes à coups d’intrants chimiques. Exemple de l’eau de Paris qui pourrait devenir impropre à toute consommation si les projets d’exploitation du gaz de schiste des environs dérapent comme ont dérapé ceux des Etats-Unis (la technique de la fracturation hydraulique est d’ailleurs également utilisée pour l’exploitation pétrolière). Voir le film Gasland de Josh Fox avec ses scènes mythiques d’allumage au briquet de l’eau du robinet.

 

Le Mendiant

Partager cet article

Repost0
4 novembre 2018 7 04 /11 /novembre /2018 08:00

Comment le féminin est à l’origine du monde. Pourquoi la femme a naturellement une plus grande proximité avec le Tao.

 

,

xuán pìn zhī mén, shì wèi tiān dì gēn

Mystérieux – Femelle – [liaison] – Porte, Être – Appeler – Ciel – Terre - Racine

 

() [mén] Cf. 1-9 [gēn] signifie racine, base, cause, origine, fondation, source, entièrement ou complètement.

 

Traductions :

La porte/l’huis de la Femelle Mystérieuse est appelée, évoque la racine du Ciel et de la Terre, de l’univers. / Dans l'huis du principe féminin, du cœur de la femelle obscure se trouve, réside, sort la racine du ciel et de la terre

♥ « Les racines du ciel et de la terre s'élancent de sa porte mystérieuse » (Conradin Von Lauer)

► Les analogies de la procréation et de l’anatomie féminine sont évidentes, la « Demeure du Yin » signifiant la vulve.[1]  Ce passage n’est pas sans rappeler 1-3 et 1-4. De sa demeure sombre et obscure jaillit la vie.  « L’orifice yin (vagin), en tant que porte, est l’organe de la vie  et de la mort, il est ce qu’il y a de plus essentiel, c’est pourquoi on le désigne comme la « racine ». Le pénis de l’homme est aussi désigné comme la « racine » précise Catherine Despeux (p.231)

 

Contre-sens ?

« La porte d’où vient cette femelle mystérieuse » de Rémi Matthieu donne un tout autre sens à la phrase : la porte serait alors celle du Tao, de même qu’en 1-9.  Mais tout ne provient-il pas du Tao ?

 

originedumonde_gustavecourbet_nb.jpg

L'origine du Monde, Gustave Courbet, 1866

 

La porte de l’obscur féminin est appelée racine du ciel et de la terre


Réflexions :

1. La femme n’est pas un homme comme les autres. Elle est la mère de tous les êtres et devrait être vénérée comme telle. Ainsi « Ce n'est pas la beauté de la femme qui ensorcelle, mais sa noblesse. » (Euripide)

2. Pousser les femmes à travailler au détriment d’une maternité sereine, via une pression sociétale ou économique, revient à les couper de leur nature et à générer stress et frustrations. Rien de pire qu’une femme qui se comporte comme un homme tandis que le contraire ferait du bien à la planète et au genre humain. Ainsi, « une femme qui se croit intelligente réclame les mêmes droits que l'homme. Une femme intelligente y renonce. » (Colette)

3. La création de toute vie est féminine tandis que la destruction est trop souvent masculine. Pierre Rabbhi écrit ainsi qu’il est « jaloux des femmes » et a fait campagne pour la présidentielle en 2002 avec ce slogan : « Le féminin au cœur du changement. »

4. « Dépourvue d'âme, la femme est dans l'incapacité de s'élever vers Dieu. En revanche elle est en général pourvue d'un escabeau qui lui permet de s'élever vers le plafond pour faire les carreaux. C'est tout ce qu'on lui demande. » (Pierre Desproges)

5. « Dans l’ensemble, il est plus facile pour une femme de sentir son corps et de l’habiter. Par conséquent, elle est naturellement plus près de l’Etre et donc potentiellement plus près de l’illumination qu’un homme. C’est pourquoi de nombreuses cultures anciennes choisissaient instinctivement des personnages ou des symboles féminins pour représenter ou décrire la réalité transcendantale. Cette dernière a souvent été symbolisée par la matrice qui donne naissance à toute chose dans la création et qui la sustente et la nourrit durant sa vie en tant que forme. […] Les femmes « incarnent » virtuellement le non-manifeste. Qui plus est, toutes les créatures et toutes les choses doivent retourner à la source. […] La déesse ou la divine mère a deux aspects : elle donne la vie et elle la reprend. » (Eckhart Tolle[2])

6. En résumé, « Si l'homme était un fleuve, la femme en serait le pont » (Proverbe arabe), elle qui se connecte déjà avec le ciel et la terre…

7. Ecouter l’émission Les racines du ciel sur France culture, lire Les racines du ciel de Romain Gary et voir le film La source des femmes de Radu Mihaileanu.

 

Le Mendiant

 

[1] Jolan Chang, Le Tao de l’Art d’aimer, Calmann-Lévy, 1977, p.150

[2] Eckhart Tolle, Le pouvoir du moment présent, Ariane Editions, 2000, p.181

Partager cet article

Repost0
2 novembre 2018 5 02 /11 /novembre /2018 08:00

Pourquoi le féminin est sombre et mystérieux. Comment le vide est immortel et créateur. Pourquoi les deux notions sont liées.

 

 

gǔ shén bù sǐ, shì wèi xuán pìn

Vallée – Esprit – Pas – Mourir – Être – Appeler – Mystérieux/Sombre – Femelle

 

[gǔ] signifie vallée, gorge, céréal, grain ou millet avec, pour certains commentateurs, une extension vers l’idée de « nourrir ».  [shén] signifie dieu(x), divinité(s), surnaturel, magique, esprit ou intelligent. [sǐ] signifie mourir, la mort, le mort, à mort ou mortel mais aussi infranchissable, implacable, inflexible ou rigide. () [wèi] signifie dire, appeler, parler de, nom, signification ou sens, Cf. 1-8. [xuán] signifie noir, sombre, profond, obscur, abscons, peu fiable, incroyable ou mystérieux, Cf. 1-8 [pìn] est un caractère peu usité signifiant femelle. Comme le souligne Marcel Conche, il est utilisé à la place de femme afin d’écarter tout anthropomorphisme.

 

Trad.1 :

Le Shen/l’esprit/l’âme de la Vallée/du val/des profondeurs est immortel/impérissable/ne meurt pas, on l'appelle, ceci évoque, là réside/ c’est elle qu’on appelle la Femelle Mystérieuse, la femelle obscure, le principe féminin, l’insondable féminin.

♥ « L'esprit de la vallée ne peut mourir. Mystérieux féminin. » (Ma Kou)

► Après le soufflet, voici l’image de la Vallée, l’espace vide entre deux montagnes, pour continuer à exprimer, cf. 5-3, le vide-créateur, souffle inépuisable (le terme esprit vient du latin spiritus qui signifie « souffle ») et source de toute vie, d’où l’analogie avec la matrice femelle, la « Grande Mère » comme l’appelle Stephen Mitchell. « L’image de la vallée est la plus suggestive, elle est ample, vaste, vide et peut accueillir les eaux, de même que celui qui nourrit sa vie est vide et accueille le souffle de l’harmonie, le souffle céleste, les divinités qui viennent en lui, ou encore la Voie selon l’interprétation des maîtres célestes » (Catherine Despeux, p.75)

 

La notion de « principe féminin » évoqué par Didier Gonin nous interpelle sur la notion de Yin, principe féminin de la nature associé à ce qui est négatif, froid, sombre et mystérieux. Dans sa version simplifié  , le radical [fù] est une simplification de qui désigne une monticule, une butte mais aussi l’adverbe abondant. Il est associé à yuè qui est la lune (le Yang est associé au soleil )  La version traditionnelle, que l’on retrouve encore à Hong Kong, en Corée ou au Japon s’écrit avec le même radicalassocié cette fois à [yīn], composition de [jīn] qui signifie maintenant ou aujourd’hui et de [yún] qui signifie nuage.  Le sens littéral serait donc « la partie nuageuse de la butte. »  Selon le Shuowen jiezi, dictionnaire de la dynastie Han, le sens de yin est : « sombre, [comme] le sud de l'eau ou le nord de la montagne »  (Wikipédia) L’analogie de l’alternance de l’ombre et du soleil sur une montagne et une vallée est traditionnellement utilisée pour exprimer la relation entre le Yin et le Yang. « En Chinois ancien, yin et yang signifient respectivement « ubac » et « adret », soit les versants ombragés et ensoleillés d’une vallée ou d’une montagne… […] Selon la position du soleil au fil du jour, l’adret devient ubac et vice versa… ce qui n’est pas le cas pour les binaires occidentaux plus dualistes. » (Marc Halévy, p.57-58)

 

vallee_nb.JPG

 

Trad.2 :

« L’entretien des âmes [intérieures] pour ne pas mourir, on le désigne aussi sous les noms d’insondable et de féminin » (traduction de Catherine Despeux selon le commentaire du Maître du Bord du Fleuve, p.228)

► « L’insondable, c’est le ciel ; chez l’homme cela correspond au nez. Le féminin, c’est la terre ; chez l’homme, cela correspond à la bouche. » explique Catherine Despeux. Le ciel procure le souffle qui pénètre l’homme via le nez. La terre procure la nourriture qui pénètre l’homme via la bouche. Respiration et nourriture sont les deux éléments clés de la vie. Dans cette version, le terme [gǔ] a donc été pris dans le sens de grain ou de céréale pour signifier l’idée de « nourrir ». Les termes [xuán] et [pìn] ont également été différenciés et font allusion à des parties du corps, le nez et la bouche.

 

Trad.3 :

« Si l’on désire que son âme ne meure pas, il faut se référer à l’insondable et au féminin » (traduction de Catherine Despeux selon le commentaire de « Je me tourne vers vous », p.230)

► « Le féminin, c’est la terre, de nature paisible […] Si un homme veut concentrer son essence, son esprit doit être à l’image de la terre, comme une femme, et ne pas agir en se donnant la priorité » explique Catherine Despeux. On retrouvera cette idée de l’impassibilité féminine en 10-5. Cette interprétation est néanmoins basée sur l’utilisation du terme [yù] signifiant « désir ou désirer » plutôt que le classique [gǔ]. On y remarquera en effet le même radical [gǔ].

 

Trad.4 :

« L’esprit, vide comme le val, est au-delà de la mort, insondable détachement et féminine souplesse. » (traduction de Catherine Despeux selon le commentaire de Cheng Xuanying, éminant taoïste des Tang, p.233)

► Nous avons là une traduction influencée par la pensée bouddhiste : « le Val est l’espace vide, la sagesse efficiente et merveilleuse, la prajna des bouddhistes. L’esprit ayant réalisé la vacuité est détaché de la vie et de la mort, du samsara. L’insondable évoque l’état indicible de l’esprit qui ne demeure dans aucune notion ; le féminin suggère sa souplesse » explique Catherine Despeux.

 

♫ L’esprit immortel de la vallée évoque l’obscur féminin

Nous aurions pu pousser l’audace jusqu’à remplacer « obscur féminin » par le concept de « yin » mais il nous faut aussi rester fidèle au texte et à cette idée de mystère.

 

Réflexions :

1. Laozi n’a pas finit de faire couler de l’encre car il n’y a pas que le principe féminin qui est obscur !

2. Quel homme n’a pas déploré l’obscurité féminine ?  Mais n’est-ce pas cela – cette mystérieuse complémentarité – qui donne un intérêt à la relation ?

3. La femme ne vient pas de Vénus, d’une autre planète, mais – tout comme les hommes d’ailleurs – de la vallée profonde, d’un lieu où il possible de retourner en se recentrant sur soi, en faisant le vide dans son esprit, pour se reconnecter à l’énergie de l’univers, à l’esprit immortel de la vallée.

4. L’âme est immortelle parce qu’elle demeure mystérieuse, ne peut être définie précisément, est détachée du matériel.  L’immortalité requiert le détachement, la non-action, Cf. 2-15.

 

Le Mendiant

 

 

Partager cet article

Repost0
22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 08:00

Un paragraphe pouvant être mal interprété sur les relations entre le Tao et les hommes, le Sage et ses concitoyens mais aussi une ouverture sur la respiration et le vide cosmique, source de toute vie.

 

 

1

,  

A nature amorale, créatures chiens-de-paille

2

,  

Au sage détaché, autrui chien-de-paille 

3

 

L’espace ciel-terre tel un soufflet ou une flute ? 

4

,  

Vide inébranlable à l’usage inépuisable

5

,

Parler épuise. Mieux vaut se recentrer. 

  

Cliquer sur le numéro de phrase vous transportera directement aux explications de la phrase en question. Après le désordre ordonné, voici l’ordre apparent…

 

 

Les vidéos de l'internet chinois:

 

Prononciation (Chap 5 de 2:33 à 2 :56)

 

 

Et version chantée:

 

 
Commentaires:

 

Ce chapitre court mais profond s’ouvre sur le détachement de la nature ( ) et du sage ( ) vis-à-vis du commun des mortels c'est-à-dire des créatures ( ) pour l’un et des hommes, des « cent familles » ( ), pour l’autre, désignés à chaque fois comme « chiens-de-paille » ( ).

 

Cette expression n’est en rien péjorative dans le sens où les « chiens-de-paille » ont une fonction spécifique à mener et sont maniés avec précaution et dévotion lors de leur usage. Par contre, une fois leur rôle accompli, ils sont détruits et oubliés. Lao zi utilise peut-être cet image comme une symbolique de la mort et invite à ne pas inutilement ajouter de sentiments à ce qui n’est somme toute qu’un passage naturel, qu’une transition vers autre chose.

 

Michel Coquet, dans son ouvrage Pourquoi sommes nous sur Terre, invite également à la retenue : « Il n’y a pas de mal à aimer, il n’y a même rien de plus beau ! Ce qui n’est pas souhaitable, par contre, c’est de s’attacher à l’âme défunte, de la retenir et de lui rendre la tâche de se libérer encore plus difficile ».  Rappellons que, suite à la cérémonie, les chiens-de-paille ne doivent pas être repris sous peine d’attirer sur soi le malheur ou les cauchemars.  

 

La nature est amorale, pas sensible ( ) mais le sage est homme et il lui faudra donc suivre la nature, apprendre l’art du détachement, comprendre le caractère éphémère de toute chose, devenir insensible aux notions de bien et de mal, repousser son ego, ne pas se focaliser sur les situations particulières, pour accepter la mort comme la juste contrepartie de la vie et arriver à étendre sa bienveillance à tous les êtres.

 

Mais peut-être Lao zi se contente-t-il simplement de prôner le détachement du sage vis-à-vis du peuple afin de ne pas tenter de le manipuler mais au contraire lui laisser sa spontanéité, sa liberté de faire. Ou alors souhaite-t-il inviter le sage à se préserver des déceptions d’un peuple forcément peu réceptif à ses propos, ne rien attendre des autres, les dénigrer (« chiens ! ») pour ne point être déçu ?  Cette dernière interprétation, proche de celle de « Je me tourne vers vous », semble néanmoins trop malsaine pour être retenue.

 

Laozi tao2

 

Côté « politique », Wilhelm et Duyvendak soulignent que Lao zi s’oppose dans ce chapitre à la notion confucianiste de ren (). En effet, Cyrille Javary souligne que cet idéogramme « revient plus de 100 fois dans les Entretiens [de Confucius] et fait l’objet exclusif de 58 paragraphes. » [1]  Lao Zi nie cette qualité au niveau de la nature mais également en tant qu’aspiration du Sage et remet donc en question et sans ambiguïté ( ) l’un des concepts clés du confucianisme. Au-delà des notions de mansuétude [shù], de respect pour autrui, de bienveillance ou de tolérance attaché à , nous y retrouvons en effet également la notion de piété filiale [xiào] et le respect des rites. « Pour Confucius […] se comporter humainement, c’est se comporter rituellement. Yan Hui demande ce qu’est le ren. Le Maître dit : « Vaincre son ego pour se replacer dans le sens des rites, c’est là le ren » précise Anne Cheng (p.73) Or il est clair que, pour Lao zi, le rite est contraire à l’abandon du sage au naturel, au Tao.

 

L’homme est symboliquement le lien entre le ciel et la terre et Lao zi nous décrit cet espace comme vide () et par la même infini de potentiel, impossible à soumettre (), à l’image d’un soufflet () ou d’une flute () qui n’existent que par leur vide intérieur et pourtant ne cessent de disperser, de faire sortir (), ce qui rejoint 4-1.

 

Acupuncteur, le Dr. Henning Strom souligne dans ses commentaires de ce chapitre que « dans le microcosme homme, l’intervalle entre le Ciel (la tête) et la Terre (le ventre) est le thorax (avec sa fonction respiratoire) qui est comme un soufflet de forge qui est tantôt vide, tantôt en mouvement. Celui qui se tient dans le juste milieu entre le Ciel et la Terre (chez l’homme le cœur) profite pleinement de cette respiration cosmique. »

 

Vide d’ego, le sage évite de parler (), de se disperser à l’extérieur, vers la multiplicité, et au contraire s’attache plutôt à se recentrer vers l’Unité, vers le dedans, à respecter () le milieu (), à se fondre en lui, vers ce « vide inébranlable à l’usage inépuisable ».

 

Il n’y a pas d’arbre d’illumination (bodhi),

Ni cadre de miroir brillant.

Puisque, intrinsèquement, tout est vide,

Où la poussière peut-elle s’attacher ?[2]

 

 

Le Mendiant

 

 

[1] Dossier Les sagesses chinoises, Le Monde des religions, 24 juin 2011.

[2] Discours et sermons de Houeï-Neng, sixième patriarche zen, Albin Michel, 1984, p.45

Partager cet article

Repost0