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24 janvier 2018 3 24 /01 /janvier /2018 08:00

Pourquoi le détachement est nécessaire pour observer quelque chose… Comment la société de consommation nous empêche-t-elle d’accéder à la Réalité…

 

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gù cháng wú yù, yǐ guān qí miào

Ainsi – Ordinaire/Souvent – [Négation] – Désir -, A cause de – Observer - Sa - Subtilité

 

[gù] signifie incident, raison, cause, intentionnellement, ainsi, pour cette raison, ami, connaissance ou mourir. [cháng] signifie toujours, souvent, fréquemment, habituellement, commun, normal ou ordinaire. [yù] signifie le désir, le souhait ou la volonté. [yǐ] signifie à cause de, parce que, afin de, ainsi ou alors (verbe) utiliser. [guān] signifie (verbe) regarder ou observer ou (nom) la vue ou la conception de la nature des choses[qí] signifie son, sa, ses, cela, cet, etc. [miào] signifie merveilleux, excellent, ingénieux, intelligent ou subtil.

 

Traductions :

C’est pourquoi, si l’on est ordinairement sans passion, sans désir, dépourvu de désir, dans le non-vouloir, dans le non-être, en l’absence de tout désir, on perçoit/observe/contemple les/ses merveilles, l’essence, la vérité, son secret, sa racine, l’inconnaissable.

♥ « Par le non-être, saisissons son secret » (Liou Kia-hway)

♣ « Le vide de l'être médite la racine de toutes choses » (Ma Kou)

► Seul l’homme détaché des concepts, des préjugés, des interprétations, bref de son ego, peut se fondre dans le Tao et observer son essence. « Quand l’esprit humain, absolument arrêté, est complètement vide et calme, il est un miroir pur et net, capable de mirer l’essence ineffable et innommable du Principe lui-même » précise Léon Wieger. « L’Homme grand […] se fait le compagnon du monde sous le Ciel. […] Son visage et son corps sont unis à la Grande Unicité, la Grande Unicité dépourvue d’ego. Sans ego, comment acquérir quelque chose ? Ceux qui ont de la considération pour les acquisitions sont les hommes de bien d’antan (qui prisent les vertus acquises). Ceux qui ont de la considération pour la non-acquisition sont les amis de l’univers. » (Zhuang Zi XI, via Isabelle Robinet, p.180) Cette phrase est à mettre en parallèle avec 1-3 : absence de nom et absence d’ego pour remonter à l’origine ou percevoir l’essence .

 

meditation nb 

Contre-sens ?

Au-delà de traductions toujours en chinois du style « En ce toujours-n'étant considérons le Germe » (François Huang et Pierre Leyris) ou de celles qui font l’impasse sur [yù]  (« Il n’y a pas ») ou le traduisent mal (« attrait »), certains auteur ont conservé le Tao en tant que sujet : son « absence permanente » nous inviterait à « contempler le mystère » ou alors un « Non-désir éternel » représenterait son essence. Etonnant alors que le Tao est présent partout et en tout et ne saurait avoir de désir ou de volonté.  A noter aussi que si traduire [yù]  par "désir" ou "passion" est correct du point de vue de la traduction, ces termes méritent alors une explication afin d’en bien saisir toute la portée : désigne en fait toutes les manifestations d’un mental individualiste ou egotiste qui ne peut percevoir que les illusions de la réalité. En hindouisme, on parlerait de samskāra c’est-à-dire d'un « acte psychique, conditionné, et conditionnant. » (Wikipédia) Par extension, signifierait donc l’absence d’activité mentale. « It can be compared to the yogic state of unmana (beyond the mind), nirvakalpa (free of thought-constructs), or samadhi (pure or undivided awareness). This is the state beyond thought; it is the state of pure “I” awareness, the boundless state or unity that is free of ego and limitations. This is the mental state of Enlightened Being, of one in perfect harmony with Tao. » (Jonathan Star, p.283)  Traduire par "non-être" est un peu plus clair mais encore faut-il que "non-être" fasse bien référence à l’état d’esprit de l’observateur et non au Tao lui-même !

 

♫ Vide d’ego, j'observe son Essence.

Amendement (Sept 2011) à la proposition précédente: « Libéré de l’ego, j’appréhende son Essence »

Sans ego, débarrassé de l’ego, je comprends, je me fonds dans son essence. « N’ayant pas d’orgueil dans son cœur, [l’homme de bien] peut dépasser la doctrine des noms pour s’adonner au spontané. » (Poète Xi Kang, Se délivrer du moi, cité par Anne Cheng, p.326)

 

Réflexions :

1. Il convient de vider sa « tasse mentale » pour avoir une chance de profiter des enseignements, d’apprendre des expériences. La réalité se trouve en effet au-delà des apparences  et n'apparaît qu'à ceux qui dépassent les préjugés, les illusions de leur ego.

2. L’exercice de la méditation est peut-être la meilleure voie pour percevoir ce qui est. « Les sages orientaux parlent d’une expansion de leur expérience du monde à des niveaux plus élevés de conscience » (Capra, p.183)

3. « Si l’on met à part certains courants de la phénoménologie, la philosophie européenne se définit comme une saisie du réel. Pour la pensée indienne, la quête de vérité passe par un dessaisissement. Car dans sa visée intentionnelle, la saisie du moi, principe d’identification, me place dans un rapport faux aux choses : je les englobe dans un mouvement de retour à moi et y projette, malgré moi, les expériences passées qui m’habitent. Et je suis tentée d’ériger cette parcelle du réel identifiée par moi en critère de vérité, car, dès lors que saisie, elle me constitue. A l’inverse, dans l’acte de dessaisissement, je me rends de plus en plus réceptive à la complexité du réel, qui est de l’ordre d’un champ absolument insaisissable ; mais dans lequel je peux me situer. » (Gisèle Siguier-Sauné[1])

4. Les passions sont autant de voiles, d’écrans, à la juste perception de la vie. Sans désir, sans volonté, sans envie, en limitant l’obsession de la performance ou du « toujours plus » on apprécie mieux l’instant présent et on limite les frustrations. Contentement personnel plutôt que développement impersonnel !

5. La société de consommation, en multipliant nos désirs, nous éloigne de la compréhension de ce qui est essentiel, nous empêche de retrouver le contact avec le Tao, avec notre vraie nature, qui est complète et ne requiert rien d’autre! Les hommes politiques, en parlant sans cesse de « pouvoir d’achat » garantissent les frustrations et les jalousies (Cf. 3-2) qui sous-tendent le « pouvoir économique ».

 

Le Mendiant

 

[1] Gisèle Siguier-Sauné, Le corps est parole, communication, échange, Philosophie Magazine, Septembre 2009, p.43

 

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commentaires

Christian 15/02/2011 09:30


5ème jour : attention renouvelée...

à + Christian