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24 juin 2018 7 24 /06 /juin /2018 08:00

Un retour sur le Tao au travers d’un descriptif de ses manifestations, seule manière objective d’en parler. Quant à son essence, cela reste et semble devoir rester un mystère !

 

1

 

Le Tao dissémine sans jamais se remplir 

2

 

Insondable ancêtre de toutes choses !

3

Il arrondit les angles,

4

Dissipe la confusion,

5

Harmonise la lumière,

6

Unifie la poussière.

7

Pure présence !

8

Je ne sais d’où il vient.

9

Il semble antérieur à l’Être suprême

 

Cliquer sur le numéro de phrase vous transportera directement aux explications de la phrase en question.
Après le désordre ordonné, voici l’ordre apparent…

  

 

Vidéos de l’internet chinois

 

Prononciation en chinois (Chap 4 de 2:06 à 2 :30)  

Et chants taoïstes!
  

 

Commentaires :

 

Un paragraphe très profond (, ), à l’exemple du Tao, où rien ne semble assuré, d’où l’accumulation de (peut-être, probablement), de (apparaître, sembler être) ou encore (sembler, paraître). Ajoutons-y des mots aux multiples sens et l’on comprend que Lao Zi ne fasse que conjecturer de la nature du Tao et finisse par concéder (je ne sais pas). Nous aurions pourtant aimé que l’auteur clarifie ce qui est confus ( ) ou unifie ce qui est poussière ( ). Mais comment pourrait-il en être autrement puisque (1-1) ? Je ne sais qu’une chose du Tao, c’est que je n’en sais rien…

 

Le paragraphe ouvre néanmoins sur du concret avec une sorte de soupe cosmique d’où bouillonne et jaillit () toute chose ( ) sans jamais pouvoir être rempli (). Comment en effet remplir ce qui est sans fond et sans limite ? « Au début du Monde était une soupe cosmique illimitée, compacte et immobile.» déclarait aussi Anaxagore de Clazomènes (500-428 av. J.-C.)

 

tao2.jpg

 

Nous retrouvons ensuite le vieux débat (Cf. Chap 2) quant à la traduction de  : toutes choses ou dix mille êtres. Du côté de la cosmologie (« toutes choses »), l’idée générale reste l’harmonie d’un univers qui ne doit pas être ni trop pointu ou anguleux () ni trop confus (), ni trop lumineux () ni trop poussiéreux (). Pour ce faire, le Tao atténue ou maîtrise (), clarifie ou apaise (), harmonise () et unifie (). Il fait en sorte que l’univers opère dans un juste milieu. « Car il y a deux côtés opposés en toutes choses, et si l’un des côtés l’emporte, ce ne peut être indéfiniment : l’autre côté, à son tour, l’emportera. Rien, donc, ne peut se maintenir égal à lui-même – rien si ce n’est la Voie » précise Marcel Conche.

 

Côté conseils du Sage à destination des hommes (« dix mille êtres »), dans la continuité du Chap 3, la perception du Tao émousse () ou canalise l’esprit combatif (), disperse ou clarifie () la confusion () des esprits, relativise ou harmonise () la gloire ou les honneurs () et s’assimile () aux défauts ().

 

Le Souverain () évoqué dans la dernière phrase n’a rien de politique mais est plutôt une référence à une figure mythologique chinoise que l’on retrouve dans les classiques. Apparemment () antérieur () à cet Être Surprême, l’origine du Tao demeure mystérieuse, (1-8), (1-9), présence () profonde et tranquille () !

 

Galilée s’est retrouvé devant l’Inquisition pour avoir osé reprendre les idées coperniciennes d’un univers non centré sur la Terre. Que serait-il advenu d’un Lao Zi suggérant la prééminence du Tao ? Son « je ne sais pas » ou son « il semble que » viserait-il à ne pas froisser trop de susceptibilités ?  « A cause de l’abstraction du sujet, et peut être aussi par prudence, ses conclusions choquant les anciennes traditions chinoises, Lao-tzeu […] ne se prononce pas sur l’origine du Principe, mais le fait antérieur au Souverain des Annales et des Odes […] [ce qui] équivaut donc pratiquement à sa négation » précise Léon Wieger.

 

Une chose est sûre : prendre comme Principe un Tao indéfinissable et comme règle un « je ne sais pas » réduit le risque de dogmatisme et d’antagonismes. Un tel Principe, ouvert et flexible, est une invitation à la communion spirituelle, loin des clivages et querelles de chapelles.

 

Le Mendiant

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22 juin 2018 5 22 /06 /juin /2018 08:00

Pourquoi le Tao apparaît comme le Principe premier. Comment s’accorde-t-il avec les mythes.

 

xiàng dì zhī xiān

Semble - L'Être suprême - [liaison] – Antérieurement

 

[xiàng]  signifie apparence, forme, image, imiter, ressembler, avoir l’air de, sembler, paraître,… [dì]  est une notion religieuse qui signifie l’Être suprême d’où 皇帝 [huángdì] qui signifie Empereur.  [xiān]  signifie premier, avant, en avance, ancêtre, le plus tôt

 

Traductions :

Il semble être antérieur, être l’aïeul, être apparu avant, avoir précédé le Souverain Céleste, l’existence de Dieu, les dieux, le maître du ciel.

► En tant qu’origine du ciel et de la terre (1-3) et créateur de l’Univers, il est forcément antérieur à ce qui a été désigné par les hommes à savoir « Être Suprême », « Souverain Céleste » (dont la mention figure dans les ouvrages classiques tels que le Livre des Odes et Annales) ou « Dieu »

 

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Contre-sens ?

Traduire par Dieu ou dieux serait tentant si le ou les dieux, les divinités et autres esprits surnaturels ne disposaient pas de leur propre caractère à savoir [shén], signifiant également intelligent. D’un point de vue occidental, c’est néanmoins bien de cela dont nous parlerions : « Dire que la Voie est antérieure au Souverain Céleste, est dire qu’elle est antérieure à toutes choses. Mais elle est aussi immanente à tout. Autrement dit, il n’y a pas de Dieu créateur, gouverneur de l’univers, mais la seule Nature. Les dieux sont des créatures ; « Dieu » n’est qu’un objet culturel. » ose Marcel Conche.

 

Il semble antérieur à l’Être suprême

 

Réflexions :

1. Le Tao n’est pas sectaire et laisse les croyances et les mythes s’exprimer mais il n’en apparaît pas moins antérieur à toutes les désignations, à toutes les idoles, à tous les dogmes, à toutes les cultures, à tous les textes.

2. S’accorder sur la prééminence du Tao ne permettrait-il pas de mettre enfin tout le monde d’accord ?  Le Tao est une voie qui englobe et n’exclue pas.

3. « Non, Thérèse, non, il n’est point de Dieu, la nature se suffit à elle-même ; elle n’a nullement besoin d’un auteur, cet auteur supposé n’est qu’une décomposition de ses propres forces » (Sade, Justine, p.76). Dès lors, l’homme ne devient qu’une créature parmi les autres et la nature « la source de toute sagesse » (Anne Cheng, p.250)

4. « Il semble que » dit Lao zi autrement dit à nouveau « je ne suis pas sûr ». Car tout cela est après tout secondaire. Ce qui prime n’est pas de penser ou de bâtir un système mais de nous reconnecter, de vivre avec le Tao, selon le Tao.

 

Le Mendiant

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20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 08:00

Pourquoi il est inutile de savoir. Comment la méconnaissance évite la division et le dogmatisme.

 

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wú bù zhī shuí zhī zǐ

Je/nous - Pas - Savoir - Qui - [liaison] – Graine/Enfant

 

() [shuí ou shéi] signifie qui, quelqu’un ou n’importe qui. [zǐ]signifie le fils, l’enfant, la personne, la graine ou l’œuf. C’est également un préfixe utilisé en Chine ancienne pour marquer le respect ou signifier "Maître". A rapprocher donc du surnom du sage taoïste Lao Zi 老子, signifiant donc « Vieux Maître » ou « Vénérable Maître ».

 

Traductions :

Je ne sais pas, nous ignorons, de qui Il est le fils, d’où il vient, de qui il procède, qui lui a donné naissance.

« Je ne sais pas d'où il vient » (Feng Xiao Min)

► Première affirmation directe de Lao Zi pour dire, comme Socrate, qu’il ne sait pas !  Le Big Bang, l’origine du Tao demeure un mystère et les philosophes chinois ne s’embarassent généralement pas de trop chercher dans cette direction… Selon Marcel Conche, « c’est là une façon de dire que le Tao – la Voie – n’est le fils de personne. Il n’y a rien avant. »

 

Contre-sens :

Parler de fils ou de fille (si l’on a traduit Dao par Voie) est correct en soi mais néanmoins un peu anthropomorphique vis-à-vis d’un Tao universel. Dire avec Conradin Von Lauer que « nul ne l’a engendré » est contradictoire avec le sens de la phrase. Demander avec « Je me tourne vers vous », « Je ne sais qui peut en être l’enfant ? », « Je ne sais pas encore quel enfant de quelle famille est capable de mette [la Voie] en pratique ? » (Despeux, p.174) est contraire au sens communément admis.

 

Je ne sais d’où il vient

 

blackhole nb

 

Réflexions :

1. Principe d’humilité : même le Sage ne sait pas tout !  « Répondre « Je n’en sais rien », c’est le propre du grand maître en présence de la réalité ultime. […] La question réveille même chez l’auteur, chez le maître, son propre sentiment d’inconnaissance, de non-savoir. » précise Bernard Durel dans son commentaire du Nuage de l’Inconnaissance.[1]

2. Principe de sincérité : quand on ne sait pas, mieux vaut le dire !

3. Principe de réalisme : il n’est pas besoin de tout savoir pour suivre le Tao !

4. Principe de pragmatisme : ne perdons pas notre temps sur de pures spéculations !

5. Principe d’unicité : dire que l’on ne se sait pas, évite de se facher avec quiconque !

6. Principe de vie : le passé mystérieux importe moins que la présence tranquille et sereine au présent !

7. Principe de logique et de compréhension. « Dans la mesure où nous nous approchons vraiment de l’au-delà, nous devons faire attention de ne pas enfermer le Tout Autre dans un concept qui émane de la conscience humaine. Pouvons-nous comprendre ce qu’on appelle le divin, la transcendance aussi facilement ? Est-il juste de dire : je comprends ? Si le mystère ne reste pas un mystère ce n’est plus un mystère ! » (Dürckheim, p.99)

 

Le Mendiant

 

[1] Le Nuage de l’inconnaissance, Albin Michel, 2009, p.62 

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16 juin 2018 6 16 /06 /juin /2018 08:00

Pourquoi le Tao est ça.  Comment nous pourrions nous en inspirer.

 

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zhàn xī, sì huò cún

Placide/Profonde - [part.] - Apparaître/Similaire – Peut-être – Exister

 

[zhàn] signifie profond, épais, tranquille, placide ou clair comme du cristal. [xī] Cf. 4-2  « Ô qu'il est pur! » (Marc Haven et Daniel Nazir) [sì]  signifie similaire, comme, sembler être, apparaître.  [huò] signifie peut-être ou probablement, Cf. 4-1 [cún] signifie exister, survivre, accumuler, collectionner, vérifier, réserver, retenir, être en stock, chérir ou abriter.

 

Traductions :

Profond, intense, pur, caché dans les profondeurs, profondeur d’abîme, sans forme et invisible, d’une profondeur invisible, il semble exister partout et éternellement, être à jamais, subsister éternellement, durer toujours, on dirait une présence, il est là, il est toujours présent.

♥  « Ô qu'il est pur! Il semble subsister éternellement.» (Stanislas Julien)

► Retour sur 4-1 et 4-2 avec notion supplémentaire de présence ou d’existence, ce qui rejoint également 2-15. « Si profond, si pure, si tranquille. Il a toujours été ainsi » propose Jonathan Star. « La profondeur de la Voie […] est la raison de sa permanence » explique Marcel Conche.

 

Contre-sens :

La notion d’invisibilité n’apparaît pas dans les caractères et l’on peut s’étonner qu’une profondeur soit invisible (Ma Kou), la perception de la profondeur étant ou n’étant pas !  Dire que le Tao « est caché mais toujours présent » (Stephen Mitchell) est une autre surprise, le Tao étant au contraire présent en toutes choses et donc bien visible ! Globalement, cette phrase a donné du fil à retordre aux traducteurs et je ne saurais non plus prétendre à une quelconque « vérité »…

 

presence nb

 

Pure présence !

Sous-entendu « « Pure présence sereine » afin de rendre compte de . Continuité avec 4-6 : le Tao est présent partout et en tout. Point d’exclamation afin de ne pas oublier [xī] 

 

Réflexions :

1. Quand faisons-nous réellement acte de présence ? Quand sommes-nous véritablement présent dans l’instant (présent) ? « Le vrai bonheur serait de se souvenir du présent » (J. Renard, Journal)

2. – « Allo, tu es où ? »  –  Je suis où je suis et j’entends en profiter au maximum, sans être dérangé par une sonnerie toutes les dix minutes !  Au-delà de la question de la nocivité des ondes, n’est-ce pas le fait d’être joignable à tout moment qui est problématique ?

3. La sérénité découle de ces moments de totale perception, en harmonie avec le flux du Tao.

4. « Hier est derrière, demain est un mystère, aujourd'hui est un cadeau et c’est pourquoi on l'appelle présent. » (Dicton chinois)

 

Le Mendiant

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14 juin 2018 4 14 /06 /juin /2018 08:00

Pourquoi tout est poussière. Comment se forme l’Unicité.

 

tóng qí chén

Ensemble - Son/leur – Poussière

 

[tóng] signifie similaire, semblable, ensemble ou en commun Cf. 1-7  () [chén] signifie poussière, saleté, terre ou ce monde.

 

Traductions :

Réunit, unifie, rassemble leurs poussières, fait un de toutes poussières, s’assimile à la poussière

♥  « Se mêle à toute poussière » (Feng Xiao Min)

♣ « Il réunit le monde » (Shi Bo)

► Côté cosmos, nous retrouvons là la formule catholique rituelle du mercredi des cendres « Souviens-toi que tu es né poussière et que tu redeviendras poussière ». La formule également de l’astrophysicien Hubert Reeves : « Nous sommes tous des poussières d’étoiles ! » Une autre interprétation est proposée par Marcel Conche : « ce qui est dispersé à la façon de poussières, ou désuni […] se rassemble (ou s’unit), ou peut se rassembler, cela en vertu de l’unicité et de l’indissociabilité des contraires » et d’illustrer cette règle avec « les eaux qui formeront les ruisseaux, puis le fleuve. » Le Tao offre à l’homme la possibilité de percevoir l’Unicité de toute chose, la présence du Tao dans chaque grain de poussière. Côté hommes, la notion de poussière ou de sale, pourrait se référer aux défauts (Liou Kia-hway), qu’il convient là aussi de relativiser et de considérer comme faisant aussi partie du Tao (Cf. 2-5) « Partager volontiers la poussière, la bassesse du vulgaire » précise Léon Wieger (qui se contente dans sa traduction d’un laconique « amiable ») et l’on retrouvera cette idée dans le Chap.8

 

Contre-sens ?

Toujours cette question du [qí] faisant référence au Tao : comment le Tao pourrait-il s’unir à « sa poussière » ? Le « Du rien, crée toute chose » de Conradin Von Lauer est une image plaisante mais qui s’éloigne par trop du sens des caractères chinois.

 

poussiere

 

Unifie la poussière

Sous-entendu : et avec structure un monde…

 

♫ Accepte les défauts

Sous-entendu : les réunit avec les qualités afin de présenter un être complet…

 

Réflexions :

1. Le monde n’est qu’un amas de poussière ordonné. Notre folie pourrait-elle tout réduire en cendre ?  Chaque composant pris isolément est fragile et nous avons en effet la technologie pour désintégrer la planète…

2. Chaque grain de poussière présente la structure de l’univers.

3. « Quand nous fragmentons la matière brute (ou mélangée) nous pouvons la réduire en atomes. Mais puisque les atomes seront aussi sujets à une division ultérieure, toutes formes d’existence matérielle, qu’elles soient grossières ou délicates, ne sont que l’ombre de la particulatisation et nous ne pouvons leur attribuer aucun degré de réalité absolue ou indépendante. » (Ashvaghosha, cité par Fritjof Capra, p. 297)

4. Un peu de modestie car notre nature est aussi constituée de poussière « En physique atomique, nous ne pouvons jamais parler de la nature sans, simultanément, parler de nous-mêmes. » (Fritjof Capra, p. 71)

5. Nous sommes aussi constitués de défauts et d’imperfections et il est illusoire de rejeter cette caractéristique naturelle.

 

Le Mendiant

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10 juin 2018 7 10 /06 /juin /2018 08:00

Pourquoi il nous faut éviter l’éblouissement. Pourquoi l’arrogance conduit à l’obscurité.

 

 

hé qí guāng

Harmoniser – Sa/Leur – Lumière

 

[hé] signifie doux, gentil, harmonieux, en bon termes ou en paix.  [guāng] signifie lumière, rayon de lumière, luminosité, éclat, brillant, honneur, gloire, lisse ou poli.

 

Traductions :

Accorde leurs lumières, harmonise toute lumière éblouissante, tempère sa splendeur, fusionne toutes lumières, tempère leurs éclats.

♥  « Tamise la lumière » (Catherine Despeux)

► Au niveau du cosmos, prolongation de l’ordonnancement de 4-4 : les points lumineux, les soleils, doivent être harmonieusement répartis et dispersés. « Pourquoi l’univers est-il si uniforme à grande échelle ? Pourquoi semble-t-il être identique en tous points de l’espace et dans toutes les directions ? » s’interroge ainsi Stéphen Hawking (Une brève histoire du temps, p.157) Le jour doit aussi harmonieusement succéder à la nuit et ne pas être trop éblouissant afin de permettre le développement de la vie. Côté hommes, de trop grandes disparités de brillance attire les convoitises et suscite les jalousies. Nous retrouvons ainsi l’idée de 3-1 ou 3-2 : la mise en avant des personnes, de leurs qualités (Liou Kia-hway), « la gloire d’un champion, d’un soldat vainqueur » (Marcel Conche) ou des biens brillants sont sources de désordre et ne durent pas. Mieux vaut donc être « modeste » (Léon Wieger). Ce qui fait dire au Maître du Bord du Fleuve que « même lorsque seule la clarté est visible, il faut être conscient de l’obscurité et ne pas, par sa brillance, troubler autrui. » (Despeux, p.174) Et en effet « Il faut conclure à l’existence d’innombrables corps obscurs à côté du soleil, - des corps que nous ne verrons jamais. » (Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, p.192)

 

Harmonise la lumière 

« Le soleil est adoucit par un nuage » va même jusqu’à dire Jonathan Star…

 

Tempère l’arrogance

Ou « relativise la gloire »

 

lumiere nb

 

Réflexions :

1. Relativiser nos qualités et se rappeler que « La beauté n’est pas tant une qualité de l’objet considéré qu’un effet en celui qui le considère » (Spinoza) ou que « On ne doit pas juger d’un homme par ses grandes qualités, mais par l’usage qu’il en sait faire » (La Rochefoucauld)

2. « Pourquoi l'homme fut-il créé le dernier jour ? Pour que, si l'orgueil le prend, on puisse lui dire : dans la création, le moustique t'a précédé. » déclare Le Talmud.

3. Ce qui brille est généralement de l’ordre du paraître. Tout ce que le système nous présente comme étant éclatant (le show biz des strass et des paillettes) est en réalité d’une pitoyable superficialité.

4. « Si tous les gens qui vivent ensemble s'aimaient, la terre brillerait comme un soleil » (Proverbe français) Mais dans ce cas, pourrions-nous encore y vivre ?  Le bien se comprend par le mal comme la lumière se comprend par l’obscurité, Cf. Chap 2

 

Le Mendiant

 

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8 juin 2018 5 08 /06 /juin /2018 08:00

Pourquoi la confusion est encouragée par le système. Comment le Tao aide à s’en libérer.

 

jiě qí fēn

Dissiper - Son/leur – Confusion

 

[jiě] signifie séparer, défaire, dénouer, apaiser, modérer, dissiper, chasser, expliquer, interpréter, résoudre, comprendre ou se soulager.  () [fēn] signifie confus, emmêlé, en désordre, de nombreux et divers, abondant, innombrable.

 

Traductions :

Dissout leurs nœuds, démêle tout nœud, résoud tout différent, dénoue tout écheveau, dénoue ses voiles.

♥  « Il résoud le désordre » (Shi Bo)

♣ « Il dénoue le fil des existences» (Conradin Von Lauer)

L’approche cosmologique serait de donner un ordre et une cohérence à la « soupe originelle », d’avoir « une place pour chaque chose et chaque chose à sa place » (Samuel Smiles), de « n’être pas embrouillé, compliqué » (Léon Wieger qui se contente d’un laconique « Il [Le Principe] est simple »). Du côté de l’homme, l’idée que les conflits ou les différents des êtres se résolvent naturellement. « Ce qui est noué (ou mêlé) […] ne reste pas noué (ou mêlé), mais est dénoué (ou démêlé) ou se dénoue » précise Marcel Conche qui ose la comparaison avec les simples « lacets noués ». 

 

confusion_singe.jpg

 

Agence le désordre

L’univers, ordre en constante mouvance, est un désordre permanent…

 

Dissipe la confusion

L’étude du Tao (ou plus exactement le fait de suivre sa voie) dissipe le désordre dans les cœurs (Cf 3-5) et permet la compréhension (Cf. 1-9)

 

Réflexions :

1. La confusion est la stratégie du système pour nous affaiblir et nous faire consommer. Si tout était clair, nous serions tous heureux et en pleine forme!

2. « Notre époque se caractérise par la profusion des moyens et la confusion des intentions » (Einstein)  Que souhaitons-nous véritablement faire de nos vies ?

3. Comprendre les manipulations et mettre de l’ordre dans sa vie et ses idées : les premières étapes sur le chemin du contentement personnel !

4. En attendant l’illumination du Tao, découvrez et apprenez à dépasser les manipulations écologiques et alimentaires via les petits contes à rebours diffusés gratuitement sur le site du Mendiant.  

 

Le Mendiant

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6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 08:00

Pourquoi la ligne droite n’est pas naturelle. Pourquoi la violence est un malentendu.

 

cuò qí ruì

Défaire – Son/Leur – Acéré

 

[cuò] signifie vaincre, déjouer, faire échouer, maîtriser, assujettir, atténuer, réduire ou abaisser.  () [ruì]signifie acéré, fin, vif, perçant, piquant, pénétrant, la vigueur ou l’esprit combatif.

 

Traductions :

Il brise leurs pointes, émousse tout tranchant, en émousse les pointes, ce qui tranche.

♥  « Il émousse ce qui est aigu » (Shi Bo)

♣ « Il est paisible » (Léon Wieger)

Dans le contexte de la cosmologie ( « toute chose »), qui semble être l’objet du paragraphe, l’idée naturelle d’arrondir les angles, la droite n’étant pas une forme de la nature, au contraire de la courbe. Léon Wieger précise : « Être mousse, sans pointe ni tranchant ». Dans l’optique de « dix-mille êtres », on pourrait retrouver plutôt ici l’idée exprimée en 3-1 ( ) de ne pas surestimer les personnes vertueuses, de limiter l’esprit combatif des individus et Liou Kia-hway parle ainsi de la symbolique de l’éminence. Ou encore, avec Marcel Conche, que « ce qui est tranchant (ou aigu, ou pointu) […] ne reste pas tranchant, mais est émoussé », idée d’impossible préservation que l’on retrouvera en 9-2.

 

Contre-sens ?

[qí] fait normalement référence aux dix mille être mais certains traducteurs le font porter sur Tao lui-même. Mais comment le Tao pourrait-il « émousser sa subtilité » (Julien) ou « son acuité » (Haven et Nazir) ? Il apparaîtrait pour le moins surprenant que l’ordre de la nature doive être modifié par la nature elle-même, qu’elle doive s’auto-réguler…

 

arbre_danse_nb.jpg

 

♫ Il arrondit les angles

Il émousse ce qui est vif. Et nous constatons en effet que tous les astres, soleils et planètes ont été érodés, par le temps et leur déplacement dans l’espace, en sphères plus ou moins lisses.

 

Il canalise l’esprit combatif

Le Tao ne saurait agir directement sur les individus (pour preuve la violence de l’histoire) mais la perception du Tao limite naturellement les "pointes" ou le "tranchant" de ceux qui y prêtent leur attention, qui y sont sensible, à l’image du Sage.

 

Réflexions :

1. Nos villes de béton, toutes érissées de pointes, toutes en lignes droites, s’éloignent de l’esprit de courbe et de flexibilité de la nature. La foudre frappe d’ailleurs en priorité ce qui est pointu.

2. Que serait un monde qui suivrait les préceptes du Tao ? Certainement un monde plus paisible… Merci ainsi de bien vouloir propager ces idées autour de vous…

3. L’orgeuil, l’arrogance ou l’agressivité ne sont pas des principes de la nature. La violence de l’homme est un malentendu. « La nature n’a pas le choix tandis que le choix fait partie de la nature de l’homme. L’homme en effet possède la raison et le raisonnement. Heureux possesseur de la force de l’argument, l’homme continue néanmoins à avoir fréquemment recours à l’argument de la force…  La violence serait-elle un signe de bêtise ? Très certainement !  Compenser ses déficiences intellectuelles ou émotionnelles par un comportement violent est un réflexe fréquent chez l’homme.  Utiliser sa force est ainsi paradoxalement chez l’homme un signe de faiblesse, un aveu d’impuissance. » (Le respect de sa nature)

4. « En Chine, lorsqu’il y a violence, elle est humaine, volonté de puissance, sentiment de supériorité. Mais la métaphysique, la philosophie, les religions y sont de tolérance. Il ne peut y avoir et n’y a jamais eu en Chine de fanatisme religieux, ni de volonté de maîtriser la nature et l’univers. Pas de Dieu qui énonce un diktat, qui dit « je suis la Vérité », sinon pour dire « elle est multiple », « entendez toutes les voix. » (Anne Robinet, p.279)

 

Le Mendiant

 

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3 juin 2018 7 03 /06 /juin /2018 08:00

Pourquoi tout procède du Tao. Pourquoi nos racines plongent dans l’inconnu.

 

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yuān xī, sì wàn wù zhī zōng

Profond - [part.] – Apparaître/Similaire - Dix mille - Êtres - [liaison] – Ancêtre

 

[yuān] signifie piscine profonde ou profond. [xī] est une particule utilisée (normalement lorsqu’elle est redoublée 兮兮) pour renforcer la force de l’adjectif, d’où des traductions comme « Ô qu'il est profond! » (Stanislas Julien) [sì]  signifie similaire, comme, sembler être, apparaître  [zōng] signifie ancêtre, clan, secte, école, but principal, objet, grand maître ou modèle.

 

Traductions :

Ce Tourbillon Profond, ce sans-fond, ce gouffre insondable, cette source d’abîme, semble être l'ancêtre des dix mille êtres, le patriarche de tous les êtres, l’origine, la racine de toutes les choses du monde.

♥  « Quel abîme ! Il apparaît comme l’ancêtre des dix mille êtres. » (Docteur Marc Haven et Daniel Nazir)

► Dans la continuité de 4-1, le Tao apparaît comme le créateur de tous les êtres, de toutes les choses qui remplissent l’univers. Il n’est donc pas vide !  « L’image du vaisseau [au sens ancien de « vase »] a ici sa limite » concède Marcel Conche, qui contredit néanmoins la caractétistique génitrice de la Voie en écrivant « il semble qu’en tant que vide, elle appelle les êtres à la remplir ». Similarité avec 1-4  mais nous allons plus profondément dans l’antériorité : après la mère (de toutes choses), je demande l’ancêtre ! 

 

commencement_nb.jpg

 

Insondable ancêtre de toutes choses !

Le Tao est insondable parce qu’il n’a pas de fond.

 

Réflexions :

1. Notre arbre généalogique puise ses racines dans l’inconnu. Qui peut dire, au-delà de quelques générations, de qui nous sommes réellement les descendants ? 

2. Nous partageons tous le même ancêtre : la nature, le Tao !  Notre nature est ainsi d’être frères et sœurs. En prendre conscience afin de vivre le principe de la fraternité et du partage.

3. Nous avons déjà du mal à nous connaître alors comment connaître nos parents ? A partir du moment où ils sont insondables car eux-mêmes le résultat d’une multitude de facteurs (génétique, éducation, expériences, habitudes,…), est-il raisonnable de leur en vouloir pour leurs manquements ? N’ont-ils pas, eux-aussi, comme tout le monde, fait de leur mieux ?

4. Tout ce que nous sommes devenus, nous le devons originellement à nos parents. Gratitude pour le plus beau cadeau qui soit : la vie !

 

Le Mendiant

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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 08:03

Pourquoi le Tao n’est pas vide. Pourquoi il s’use surtout lorsqu’on ne s’en sert pas.

 

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dào chōng ér yòng zhī huò bù yíng

Dao - Projeter - [conj.] - Utiliser - [liaison] – Peut-être - Pas – Être rempli.

 

Le sens de la phrase repose sur [chōng] qui signifie verser de l’eau bouillante, rincer, tirer la chasse d’eau (flush), jeter violemment (dash), jaillir, se heurter, entrer en collision, passage (thoroughfare) ou place/endroit important(e). D’où l’idée d’un bouillonnement, d’un flux d’activité ou d’énergie entrant en collision, d’une sorte de soupe cosmique d’où tout surgirait, comme le confirmera d’ailleurs 4-2. Ainsi, 沖力 [chōnglì]est la force d’impulsion, l’élan ou le dynamisme. 沖散 [chōngsàn] est la rupture, la dislocation, la dispersion, la dissémination tandis que 冲积 [chōngjī]est en géologie le phénomène d’alluvionnement. A noter que [dào chōng ] « Voie jaillissante » est aussi le « nom secret » de la seule femme taoïste (1039-1115) a avoir laissé un commentaire réputé sur le Daode Jing (Despeux, p.59)  [yòng] signifie utiliser, employer, dépenser, utilité, besoin, dépenses, frais, ainsi ou toutefois. [huò] signifie peut-être ou probablement. [yíng] signifie être rempli, être plein de ou avoir un surplus de, d’où sans doute les idées de vide ou de récipient. Toutefois, ne pas pouvoir être rempli à raz bord ne signifie pas pour autant être vide.

 

Trad.1 :

Le Dao est vide, est un vide, est comme un bol vide, est comme un vase, que l’usage ne remplit pas, que nul usage ne comble, qui, en dépit de son emploi ne se remplit jamais, qui paraît inépuisable à l’usage.

♥  « Le Principe foisonne et produit, mais sans se remplir. » (Léon Wieger)

♣ « Le Tao est tel un puits: sans cesse utilisé mais jamais tari.» (Stephen Mitchell) « La Voie jaillit et l’on y puise durablement, sans excès » (Catherine Despeux)

► Le Tao est une puissance créatrice illimitée, le « processus infiniment jaillissant de l’autocréation » (Anne Cheng, p.339), « l’éternel jaillissement des choses » (Maître Eckhart, p.101). L’univers, en constante expansion, ne peut se remplir. Selon Catherine Despeux, « si l’on retient une autre leçon qui remplace le caractère « jaillir », chong, par celui de « vide médian », zhong, on peut considérer que, si la voie jaillit, c’est parce qu’il y a ce vide constant qui permet le renouvellement et qui incite au devenir des choses. » (p.74).

 

Trad.2 :

« La Voie est modérée et s'utilise longtemps, sans excès. » (Catherine Despeux)

► C’est ici le caractère [zhong] qui est utilisé : « La Voie prise la modération et l’harmonie […] Il ne faut pas user à l’excès de la volonté et de l’intention, afin de ne pas aller à l’encontre des avertissements de la Voie. » (Despeux, p.172)

 

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Contre-sens ?

L’image du récipient statique ou du Tao vide apparaît comme un contre-sens et il sera difficile d’expliquer par la suite comment le vide produit toute chose. Conradin Von Lauer va jusqu’à dire que « Le Tao est le vide ». Il est en fait moins question de vide que de profondeur ou d’espace illimité, de puits sans fond selon la traduction de Stephen Mitchell. Cette dernière version, tout comme les autres, à l’exception notable de celle du Père Léon Wieger[1], rend toutefois mal compte du dynamisme créatif du Dao et de la dissémination de sa création dans l’univers. Ainsi, il s’agit moins d’une source qui se renouvellerait indéfiniment au fond d’un puits que de l’impossibilité à remplir ce qui n’a pas de fond – ou de limites – ce qui expulse sa production et est un important lieu de création mais aussi de passage. Marcel Conche fait à juste titre le parallèle avec le « tonneau des Danaïdes » mais reste sur l’idée du vide. Enfin, il est bien évident que le Tao génère son flux indépendamment d’une volonté extérieure ou d’un usage ou besoin "personnel".

 

Le Tao dissémine sans jamais se remplir

Le Tao bouillonne, projette de la matière, de l’énergie sans que cette matière créée ne puisse jamais le remplir, le combler ; sans que cet usage, cette fonction ne puisse jamais s’épuiser.

► Le Tao est comme une sorte de trou noir inversé qui, au lieu d’attirer à lui la matière, la projette indéfiniment dans l’univers dont il est lui-même à l’origine, qui est en continuelle expansion et qui se confond avec lui. Sans fond et sans limites, il ne peut évidemment être plein. « Ce qui domine – profondeur infini, écoulement infini – est la pensée de l’infini » précise Marcel Conche.

 

Réflexions :

1. A l’instar du Tao, ne pas se remplir de ses propres productions ou créations intellectuelles, ne pas prendre la grosse tête ou laisser ses chevilles trop enfler, Cf. 2-14.

2. Disséminer, multiplier les bienfaits mais sans rien attendre en retour ! On n’est jamais trop plein de générosité ou d’amour et cette fonction se renforce et nous renforce à l’usage. Nos qualités émanent du plus profond de notre être. Notre humanité ne s’use que si on ne s’en sert pas.

3. Nous sommes également sans fond dans notre capacité à produire des idées, à innover, à réfléchir, à nous améliorer. « De quelque côté que l’âme aille sur le chemin de connaissance, vers le dedans ou le dehors, le haut ou le bas, elle ne rencontre pas de limite à sa capacité de faire la lumière. » (Marcel Conche, Héraclite, p.360)

4. Tout comme la démocratie ou la liberté de la presse, le Tao ne s’userait-il que lorsqu’on ne s’en sert pas, lorsqu’on oublie sa présence ?

 

Le Mendiant



[1] Qui parlera néanmoins du vide dans la phrase suivante !

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