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20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 08:00

Pourquoi il est inutile de savoir. Comment la méconnaissance évite la division et le dogmatisme.

 

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wú bù zhī shuí zhī zǐ

Je/nous - Pas - Savoir - Qui - [liaison] – Graine/Enfant

 

() [shuí ou shéi] signifie qui, quelqu’un ou n’importe qui. [zǐ]signifie le fils, l’enfant, la personne, la graine ou l’œuf. C’est également un préfixe utilisé en Chine ancienne pour marquer le respect ou signifier "Maître". A rapprocher donc du surnom du sage taoïste Lao Zi 老子, signifiant donc « Vieux Maître » ou « Vénérable Maître ».

 

Traductions :

Je ne sais pas, nous ignorons, de qui Il est le fils, d’où il vient, de qui il procède, qui lui a donné naissance.

« Je ne sais pas d'où il vient » (Feng Xiao Min)

► Première affirmation directe de Lao Zi pour dire, comme Socrate, qu’il ne sait pas !  Le Big Bang, l’origine du Tao demeure un mystère et les philosophes chinois ne s’embarassent généralement pas de trop chercher dans cette direction… Selon Marcel Conche, « c’est là une façon de dire que le Tao – la Voie – n’est le fils de personne. Il n’y a rien avant. »

 

Contre-sens :

Parler de fils ou de fille (si l’on a traduit Dao par Voie) est correct en soi mais néanmoins un peu anthropomorphique vis-à-vis d’un Tao universel. Dire avec Conradin Von Lauer que « nul ne l’a engendré » est contradictoire avec le sens de la phrase. Demander avec « Je me tourne vers vous », « Je ne sais qui peut en être l’enfant ? », « Je ne sais pas encore quel enfant de quelle famille est capable de mette [la Voie] en pratique ? » (Despeux, p.174) est contraire au sens communément admis.

 

Je ne sais d’où il vient

 

blackhole nb

 

Réflexions :

1. Principe d’humilité : même le Sage ne sait pas tout !  « Répondre « Je n’en sais rien », c’est le propre du grand maître en présence de la réalité ultime. […] La question réveille même chez l’auteur, chez le maître, son propre sentiment d’inconnaissance, de non-savoir. » précise Bernard Durel dans son commentaire du Nuage de l’Inconnaissance.[1]

2. Principe de sincérité : quand on ne sait pas, mieux vaut le dire !

3. Principe de réalisme : il n’est pas besoin de tout savoir pour suivre le Tao !

4. Principe de pragmatisme : ne perdons pas notre temps sur de pures spéculations !

5. Principe d’unicité : dire que l’on ne se sait pas, évite de se facher avec quiconque !

6. Principe de vie : le passé mystérieux importe moins que la présence tranquille et sereine au présent !

7. Principe de logique et de compréhension. « Dans la mesure où nous nous approchons vraiment de l’au-delà, nous devons faire attention de ne pas enfermer le Tout Autre dans un concept qui émane de la conscience humaine. Pouvons-nous comprendre ce qu’on appelle le divin, la transcendance aussi facilement ? Est-il juste de dire : je comprends ? Si le mystère ne reste pas un mystère ce n’est plus un mystère ! » (Dürckheim, p.99)

 

Le Mendiant

 

[1] Le Nuage de l’inconnaissance, Albin Michel, 2009, p.62 

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commentaires

Patricia 22/06/2011 06:52


Lire ce chapitre du Sens du Tao donne l'impression que l'on peut se permettre d'avancer sans fardeau. Tout va bien donc, on peut continuer à aller de l'avant sans se préoccuper d'avoir oublié
quelque chose derrière soi... Quelle bonne nouvelle ! Déposons donc nos sacs à questions ici. La route sera n'en sera que plus légère...


Tao 22/06/2011 07:28



Oui, c'est vrai, il y a un côté détachement, lâcher prise...