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6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 08:00

Pourquoi la ligne droite n’est pas naturelle. Pourquoi la violence est un malentendu.

 

cuò qí ruì

Défaire – Son/Leur – Acéré

 

[cuò] signifie vaincre, déjouer, faire échouer, maîtriser, assujettir, atténuer, réduire ou abaisser.  () [ruì]signifie acéré, fin, vif, perçant, piquant, pénétrant, la vigueur ou l’esprit combatif.

 

Traductions :

Il brise leurs pointes, émousse tout tranchant, en émousse les pointes, ce qui tranche.

♥  « Il émousse ce qui est aigu » (Shi Bo)

♣ « Il est paisible » (Léon Wieger)

Dans le contexte de la cosmologie ( « toute chose »), qui semble être l’objet du paragraphe, l’idée naturelle d’arrondir les angles, la droite n’étant pas une forme de la nature, au contraire de la courbe. Léon Wieger précise : « Être mousse, sans pointe ni tranchant ». Dans l’optique de « dix-mille êtres », on pourrait retrouver plutôt ici l’idée exprimée en 3-1 ( ) de ne pas surestimer les personnes vertueuses, de limiter l’esprit combatif des individus et Liou Kia-hway parle ainsi de la symbolique de l’éminence. Ou encore, avec Marcel Conche, que « ce qui est tranchant (ou aigu, ou pointu) […] ne reste pas tranchant, mais est émoussé », idée d’impossible préservation que l’on retrouvera en 9-2.

 

Contre-sens ?

[qí] fait normalement référence aux dix mille être mais certains traducteurs le font porter sur Tao lui-même. Mais comment le Tao pourrait-il « émousser sa subtilité » (Julien) ou « son acuité » (Haven et Nazir) ? Il apparaîtrait pour le moins surprenant que l’ordre de la nature doive être modifié par la nature elle-même, qu’elle doive s’auto-réguler…

 

arbre_danse_nb.jpg

 

♫ Il arrondit les angles

Il émousse ce qui est vif. Et nous constatons en effet que tous les astres, soleils et planètes ont été érodés, par le temps et leur déplacement dans l’espace, en sphères plus ou moins lisses.

 

Il canalise l’esprit combatif

Le Tao ne saurait agir directement sur les individus (pour preuve la violence de l’histoire) mais la perception du Tao limite naturellement les "pointes" ou le "tranchant" de ceux qui y prêtent leur attention, qui y sont sensible, à l’image du Sage.

 

Réflexions :

1. Nos villes de béton, toutes érissées de pointes, toutes en lignes droites, s’éloignent de l’esprit de courbe et de flexibilité de la nature. La foudre frappe d’ailleurs en priorité ce qui est pointu.

2. Que serait un monde qui suivrait les préceptes du Tao ? Certainement un monde plus paisible… Merci ainsi de bien vouloir propager ces idées autour de vous…

3. L’orgeuil, l’arrogance ou l’agressivité ne sont pas des principes de la nature. La violence de l’homme est un malentendu. « La nature n’a pas le choix tandis que le choix fait partie de la nature de l’homme. L’homme en effet possède la raison et le raisonnement. Heureux possesseur de la force de l’argument, l’homme continue néanmoins à avoir fréquemment recours à l’argument de la force…  La violence serait-elle un signe de bêtise ? Très certainement !  Compenser ses déficiences intellectuelles ou émotionnelles par un comportement violent est un réflexe fréquent chez l’homme.  Utiliser sa force est ainsi paradoxalement chez l’homme un signe de faiblesse, un aveu d’impuissance. » (Le respect de sa nature)

4. « En Chine, lorsqu’il y a violence, elle est humaine, volonté de puissance, sentiment de supériorité. Mais la métaphysique, la philosophie, les religions y sont de tolérance. Il ne peut y avoir et n’y a jamais eu en Chine de fanatisme religieux, ni de volonté de maîtriser la nature et l’univers. Pas de Dieu qui énonce un diktat, qui dit « je suis la Vérité », sinon pour dire « elle est multiple », « entendez toutes les voix. » (Anne Robinet, p.279)

 

Le Mendiant

 

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