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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 08:00

 

Un chapitre relativement facile à traduire – grâce à la répétition des mêmes caractères – mais qui demeure néanmoins obscur du fait du concept central de Wu, qui nous fait entrer de plein pieds dans la quatrième dimension, celle de la physique quantique ! 

 

 

1

,

Trente rayons se partagent un moyeu

2

,  

Dont le wu permet l’utilité

3

,

L’eau et l’argile deviennent ustensiles

4

,

Dont le wu permet l’usage

5

,

Une pièce comporte portes et fenêtres

6

,

Dont le wu permet l’habitation

7

,

Ainsi, le « il y a » procure l’avantage

8

Et le « il n’y a pas » l’usage

 

 

Cliquer sur le numéro de phrase vous transportera directement aux explications de la phrase en question. Après le désordre ordonné, voici l’ordre apparent…

   

Vidéos de l’internet chinois…


 Prononciation en chinois : 

 

 


 

 

 Commentaires :

 

« Qu’est-ce que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus. » notait Saint Augustin.

 

Il semble en être de même avec le concept chinois de Wu : les exemples pris par Lao Zi (le moyeu , les ustensiles ou les chambres ) sont relativement clairs mais la traduction de wu reste problématique, en atteste les différentes versions : non-être, non-avoir, rien, absence, il n’y a pas, vide…

 

On ne pourra en fait se rapprocher de son sens qu’en se souvenant de 2-3 : est l’envers de , l’autre face d’une même pièce, tout comme le yin et le yang, le jour et la nuit, l’avant et l’après…  Wu n’a donc aucun sens négatif ou péjoratif et c’est l’objet de ce chapitre que de lui rendre hommage : sans le rien, il n’y a rien de possible !

 

La traduction de yòng qui revient toutes les deux phrases pour qualifier wu est également centrale et s’oppose à qui qualifie yǒu en conclusion du chapitre. Le « il y a » possède un avantage propre, un bénéfice du fait de son existence, de son essence matérielle.  Le « il n’y a pas » n’existe pas en tant que tel mais permet au « il y a » d’être utile ou d’entrer en mouvement.

 

Au final, Wu se rapproche du Tao lui-même : tous deux sont indéfinissables et obscurs, tous deux sont une dynamique emplie de potentiel, tous deux sont composés de « vide plein d’énergie ». Tout comme avec Tao, nous continuerons donc à traduire Wu par… Wu !

 

Le Mendiant

 

PS : Je vous souhaite un très beau début de Printemps. La publication reprendra lorsque j’aurais avancé dans la traduction.

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 08:00

Pourquoi le non-être génère et définit l’être : « Je ne suis pas donc je suis ! »

 

wú zhī yǐ wéi yòng

"Il n’y a pas" – [liaison] – Afin de – Devenir – Utiliser

 

Reprise de la formule précédente avec et en place de et .

 

Trad. 1:

Que le non-être (Principe inconnaissable) emploie / C'est par le Non-Être qu'on les utilise / Mais c'est du non-être dont nous avons l'usage / Mais c'est le non-être qui le rend efficace

♥« L'usage naît du non-être » (Stanislas Julien)

► Comment définir le Non-Être ? Par le « vide d’ego » analysé en 1-5 ?  Par le fait de « mener sa vie sans la posséder » de 2-12, d’être « extérieur à sa vie » de 7-5, de « se retirer une fois l’œuvre accomplie » de 9-5 ou encore d’ « agir avec l’impassibilité de la femelle ? » de 10-5 ?  Aller à la rencontre du vide en soi, pratiquer la non-action et le non-savoir nous permettrait certainement d’être plus efficace, de mieux nous employer.

 

Trad. 2 :

« Et le non avoir l'usage » (Père Claude Larre)

► Fort bien mais l’avoir ne contenait-il pas intrinsèquement le non avoir ?

 

Trad. 3 :

Mais c'est de son absence que naît le fonctionnement des choses / On se sert de ce qui n’y est pas / Mais c'est de ce qui est absent qu'on peut faire usage / Ce qui n'est pas sert à œuvrer.

♥ « De ce qui n'est pas, on fait usage. » (Catherine Despeux)

« Le rien en fait l'utilité » (Marcel Conche)

► Les choses sont comme elles sont et nous sommes susceptibles d’en jouir, d’en tirer profit mais seulement parce que ces choses s’appuient, s’ouvrent ou évoluent sur/dans l’absence de quelque chose. Il est question ici du principe inconnaissable, de ce qui semble vide, invisible, immatériel.

 

 

verre_moitie_vide_nb.jpg

 

Trad. 4 :

Que seul le vide permet d'utiliser / C'est le vide qui en fait l'utilité / Mais c'est le vide qui leur donne sens / Et ce qui est vide est utile.

► Cette absence de quelque chose pourra être par convenance qualifiée de vide mais nous sommes très loin du concept occidental de vide « entièrement vide ».

 

Contre-sens ?

Léon Wieger continue sur sa lancée : « C’est du non sensible que vient l’efficace, le résultat. » Les autres font de même, mais avec une traduction moins "sensible" de . Notons au passage que le Père Claude Larre parle de « non avoir » après avoir tout au long de ce chapitre évoqué le « vide ».

 

♫ Et le « il n’y a pas » l’usage

 

Réflexions :

1. Inversion des valeurs : le verre à moitié vide apparaît dans la conception chinoise plein de potentiel.

2. Réhabilitation de ce qui semblait inutile : il ne peut y avoir d’usage sans absence de quelque chose.

3. La réalité ne se définit que par rapport à ce qu’il n’y a pas et vice versa, Cf. 2-3.  « L’il-y-a, en tant qu’étant là, dépend de l’il-n’y-a-pas pour être là, les phénomènes en tant que tels tirent d’il-n’y-a-pas-encore leur accomplissement » (formulation de He Yan  citée par Anne Cheng, p.329)

4. « On est riche de ce qu’on ne possède pas » disait Gandhi ce qui pourrait ici se retranscrire par un étrange « On est complet de ce qu’on n’est pas ». Autres propositions de slogans taoïstes : « Être moins pour devenir plus », « Non-être pour s’accomplir », « Je ne suis pas donc je suis »,…

 

Le Mendiant

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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 08:00

Pourquoi Descartes est dépassé. Comment l’existence nous échappe.

 

,

gù yǒu zhī yǐ wéi lì,

Ainsi – "Il y a" – [liaison] – Afin de – Devenir – Bénéfice

 

[gù] signifie incident, raison, cause, intentionnellement, ainsi, pour cette raison, ami, connaissance ou mourir, Cf. 1-5.  [lì] signifie pointu, avantage, bénéfice, profit, intérêt, favorable ou bénéficier (à quelqu’un), Cf. 8-2.

 

Trad. 1:

C'est pourquoi l'utilité vient de l'être / L'être donne des possibilités, a des aptitudes, crée des phénomènes / Nous travaillons avec l'être

« Ainsi, l'être produit l'utile » (Docteur Marc Haven et Daniel Nazir)

► L’être est ce que nous sommes généralement au quotidien, dans nos habitudes. C’est la recherche de la performance, l’ego, les réseaux sociaux, le fait de se mettre en avant, de se regarder dans le miroir.

 

Trad. 2 :

« L'avoir fait l'avantage » (Père Claude Larre)

► Sens restreint et matérialiste (au sens moderne) de

 

altruisme nb

 

Trad. 3 :

Ainsi lorsque nous tirons avantage de quelque chose / Ainsi, l'homme construit des objets / C'est pourquoi, c'est de ce qui est présent, de ce qui est, qu'on peut faire profit, tirer profit

♥ « La matière est utile » (Jean Levi) « Ainsi, tirant avantage de ce qui est » (J. J. L. Duyvendak)

« C'est pourquoi l'utilité vient de you » (Henning Strom) « Ainsi ce qui existe présente des avantages » (Shi Bo)

► Les choses sont le principe connaissable, ce qui est tangible, possède une forme, est perceptible par nos sens. Nous bénéficions, interagissons avec ce qui est.

 

Contre-sens ?

A l’exception des « Comme on le voit par ces exemples » de Léon Wieger et « Ainsi, l'homme construit des objets » de  Conradin Von Lauer, tous les autres traducteurs se sont creusés la tête pour trouver un sens à ce fameux[yǒu]

 

♫ Ainsi, le « il y a » procure l’avantage

 

Réflexions :

1. L’existence est la chose la plus belle qui soit dans la mesure où elle est « créatrice » de réalité, influence la réalité. L'observation influe en effet nécessairement sur le système observé et c’est pourquoi la physique « classique » est aujourd’hui dépassée !

2. Comment distinguer la réalité, le « il y a », de l’illusion ? Ce que nous croyons voir est-il vraiment ce que nous voyons ? Ce que nous voyons est-il vraiment ce qui est ? Ce qui est est-il vraiment ce que nous pensons ?

3. « Je pense donc je suis » ou bien « je perçois il y a donc je suis » : le « il y a » comme preuve de sa propre existence ?  

4. Combien de « il y a » distinguons-nous chaque seconde ? Si le cerveau traite 400 milliards de bits par seconde, nous ne sommes conscients que de 2000 bits qui informent sur notre environnement, sur notre corps et sur la temporalité. Voir le film/reportage « What the bleep do we know ?” sur la physique quantique.

 

Le Mendiant

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12 mars 2020 4 12 /03 /mars /2020 08:00

Comment tout passe par le vide. Pourquoi le vide est notre demeure à tous.

 

,  

dāng qí wú, yǒu shì zhī yòng

Servir – Son/Sa – [Négation], Avoir – Chambre – [Liaison] – Utiliser

 

Même formule que 11-2 et 11-4, à l’exception du caractère[shì]

 

Traductions :

Car c'est le vide encore qui permet l'habitat / C'est de leur vide que dépend l'usage de la maison / Ce vide dans la pièce en permet l'usage, lui donne son utilité / Mais c'est l'espace intérieur qui la rend habitable.

« Seul le vide en permet l'usage.» (Ma Kou)

  « La fonction vient de wu, l'usage de la maison vient de you. » (Henning Strom) « L’utilité de la maison dépend de ce qui n’y est pas. » (J. J. L. Duyvendak) « C'est par ces vides que c'est une chambre. » (Richard Wilhelm)

► Seul le vide se laisse occuper.

 

modigliani.akhmatova.jpg

 

Contre-sens ?

Le sens est plutôt clair après trois phrases quasi identiques mais certains traducteurs forcent un peu sur le nombre de caractères, à l’exemple du « Mais c'est ce qui correspond à l'absence qui permet qu'il y ait usage de la maison » de Rémi Mathieu.

 

♫ Dont le wu permet l’habitation

 

Réflexions :

1. Une pièce sans ouverture n’est même pas une cellule de prison : c’est un mur entourant un vide inutile, c'est-à-dire un vide impénétrable.

2. Le vide est un passage entre deux univers (infiniment grand), deux pièces (échelle d’architecte) ou deux atomes (infiniment petit). Sans vide, nulle communication, nul échange.

3. Le wu offre l’opportunité de l’habitation et, ce faisant, se condamne lui-même à ne plus être aussi vide, aussi wu.

4. Il faut du vide (les ouvertures) pour pouvoir accéder au vide de la pièce, pour que l’énergie circule (art du Feng Shui). Attention toutefois aux courants d’air !

 

Le Mendiant

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6 mars 2020 5 06 /03 /mars /2020 08:00

Pourquoi faire du vide est assimilé à une création. Pourquoi les ouvertures font la pièce.

 

,

záo hù yǒu yǐ wéi shì

Faire un trou – porte – fenêtre – afin de – devenir – chambre

 

() [záo] signifie ciseler, creuser ou faire un trou.  [hù] signifie porte, famille ou compte bancaire. [yǒu] signifie fenêtre. [yǐ] signifie à cause de, parce que, afin de, ainsi ou alors (verbe) utiliser, Cf. 1-5. () [wéi] signifie faire, servir en tant que quelque chose, agir, devenir ou signifier, Cf. 2-1. [shì] signifie chambre.

 

Traductions :

On perce, on ménage des portes et des fenêtres pour faire une maison, une pièce / Il n'est chambre où ne soient percées porte et fenêtre.

♥ « Portes et fenêtres sont percées pour bâtir une chambre » (Ma Kou)

► Les techniques d’architectures ont apparemment évolué car il n’est plus aujourd’hui question de percer les murs : on prévoit d’office les ouvertures !

 

 

piece.jpg

 

Contre-sens ?

Stéphen Mitchell commet la plus grosse erreur (mais il y est habitué) avec son « Nous clouons du bois pour en faire une maison ». Même explication de maçon avec le « Une demeure est faite de murs percés de portes et de fenêtres » de Conradin Von Lauer. La plupart des traducteurs parlent de maison en place de chambre mais on leur pardonnera cet excès qui ne modifie pas le sens de la phrase.

 

♫ Une pièce comporte portes et fenêtres

Mot à mot : « Porte et fenêtre sont percées pour faire une chambre »

 

Réflexions :

1. « Nous avons bâtis trop de murs et pas assez de ponts » a dit Newton. Beaucoup de maisons manquent également d’ouvertures vers l’extérieur, empêchant la lumière de pénétrer. De tels lieux sont propices à la maladie. Ce ne sont pas des « pièces à vivre » mais à mourir.

2. Percer un trou dans un mur pour en faire une porte ou une fenêtre requiert un « permis de construire ». N’y a-t-il pas plutôt destruction de matière ?  Le vide lui-même est construction !

3. A quoi bon une porte si elle est fermée à clé ?  A quoi bon une porte si elle ne peut se fermer ?  La porte offre un choix tandis que mur ou ouverture limitent les possibilités.

 

Le Mendiant

 

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26 février 2020 3 26 /02 /février /2020 08:00

Comment remplir le vide. Pourquoi l’usage fait la valeur d’un objet.

 

,

dāng qí wú, yǒu qì zhī yòng

Servir – Son/Sa – [Négation], Avoir – Ustensile – [Liaison] – Utiliser

 

Même formule que 11-2, à l’exception de la reprise du caractère []

 

Traductions :

Mais c'est du vide (interne) que dépend leur usage, l’usage des vases / Ce vide dans le vase en permet l'usage. / Mais c'est grâce à leur vide que l'on peut s'en servir / Mais c'est son vide qui le rend propre à sa tâche.

♥ « Le vide du vase en fait l'utilité. » (Marcel Conche)

  « La fonction vient de wu, l'usage des vases vient de you. » (Henning Strom) « L’utilité de la vaisselle dépend de ce qui n’y est pas. » (J. J. L. Duyvendak)

► « C’est par le vide interne que le vase est un vase » commente Marcel Conche (p.94)  L’essence de maints objets reposent sur leur "vide"

 

pichet_eau_nb.jpg

 

Contre-sens ?

Peu de contre-sens mais chez certains la tentation de multiplier les caractères, à l’exemple du « mais c'est le vide au-dedans qui retient ce que nous y versons. » de Stephen Mitchell ou le « Mais c'est ce qui correspond à l'absence qui permet qu'il y ait usage du vase. » de Rémi Matthieu.

 

♫ Dont le wu permet l’usage

ou alors « Mais c’est le wu qui permet son utilité »

 

Réflexions :

1. De quoi donc remplir ce qui est vide ?  Nous avons le choix de ce que nous mettons dans les récipients de nos vies…

2. Ne pas hésiter à refaire ponctuellement du vide autour de soi, de même que les vases doivent être régulièrement vidés de leur eau pour préserver la vitalité des fleurs.

3. Les ustensiles existent à la base pour nous servir, c’est nous qui leur donnons leur utilité mais les gadgets semblent avoir insidieusement pris le pouvoir. Où est donc passé l’humilité de l’objet ?

4. N’est-ce pas le vide de nos vies qui justifie l’usage d’autant de gadgets ? A quoi me servirait le superficiel si j’avais l’essentiel ?

 

Le Mendiant

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19 février 2020 3 19 /02 /février /2020 08:00

Pourquoi le mélange est source de vie et de beauté. Comment revaloriser l’artisanat.

 

shān zhí yǐ wéi qì,

Mélanger eau et argile – tout droit ( ?) – afin de – devenir – ustensile

 

[shān] signifie mélanger de l’eau avec de l’argile. [zhí] est un caractère inconnu mais qui se rapproche de[zhí]qui signifie vertical, tout droit, directement, continuellement ou simplement. [yǐ] signifie à cause de, parce que, afin de, ainsi ou alors (verbe) utiliser, Cf. 1-5. () [wéi] signifie faire, servir en tant que quelque chose, agir, devenir ou signifier, Cf. 2-1. []signifie ustensile, outil, marchandise, capacité ou talent.

 

Traductions :

On façonne de l'argile, l’argile est employée, on pétrit de la terre glaise pour faire des vases / On moule/pétrit l'argile en forme de vase / L'argile modelée devient vase.

♥ « On monte l'argile pour façonner les vases » (Jean Levi)

♣ « Un vase est fait d'argile » (Conradin Von Lauer)

► A nouveau, le sens de la phrase viendra en seconde partie.

 

poterie_nb.jpg

 

Contre-sens ?

A l’exception de Shi Bo (« pot ») et de Duyvendak et Wieger (« vaisselle »), tous les traducteurs parlent de vase mais le caractère chinois n’est pas aussi spécifique. Il y a néanmoins peu d’interprétations originales, seul Léon Wieger parlant ici d’argile « sensible ».

 

♫ L’eau et l’argile deviennent ustensiles

 

Réflexions :

1. Chaque chose est la combinaison, la "coopération" de plusieurs matériaux auxquels on a ajouté une dynamique, une maîtrise manuelle ou technique.

2. L’artisanat serait à revaloriser dans notre société du plastique… L’artisanat, source de beauté et du goût du travail bien fait !

3. Les machines créent le laid à la chaîne, des gadgets qui sont moins des ustensiles utiles que des pollutions. On peut s’extasier devant le design de tel ou tel objet mais la vérité est que nos intérieurs sont de plus en plus uniformes, de moins en moins « personnalisés ».  Paradoxe d’une société qui prône l’individualisation à l’extrême : faire comme tout le monde pour avoir la sensation d’exister…

4. Le pétrole a remplacé l’argile pour la confection de nos objets du quotidien. Nous y avons gagné en solidité et en "made in China" mais avons dans le même temps perdu le sens de la création et de l’imperfection inhérente aux objets façonnés de mains d’hommes.

5. L’énergie des objets de notre quotidien a été profondément modifiée : d’objets confectionnés avec amour et fierté, nous sommes passés à des objets couverts de misères et de souffrances. Qui peut encore trouver beau un objet lorsqu’il sait dans quelles conditions d’exploitation il a été fabriqué ? S’entourer de tels objets, être à ce point incohérent avec nos valeurs, ne peut que nuire à notre santé mentale…

 

Le Mendiant

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12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 08:00

Pourquoi le Tao traite de physique quantique. Pourquoi le vide est primordial.

 

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dāng qí wú, yǒu jū zhī yòng

Servir – Son/Sa – "Il n’y a pas", "Il y a" – Chariot – [Liaison] – Utiliser

 

() [dāng] signifie égal, il faut que, juste au, être, agir comme, servir à, travailler comme, soutenir, accepter, supporter, mériter, être en charge de, diriger, manager. Prononcé [dàng], il signifie juste, égal à, traiter comme, prendre pour, mettre en gage ou promettre. [chē] signifie voiture, véhicule, machine à roues ou noria. Prononcé [jū], il signifie chariot ou char. [yòng] signifie utiliser, employer, dépenser, utilité, besoin, dépenses, frais, ainsi ou toutefois, Cf. 4-1.

 

() [wú] est le thème dominant de ce chapitre et un concept central du taoïsme. Il apparaissait pour la première fois en 1-3 pour exprimer l’absence de nom ( ), puis à nouveau en 2-3, pour une mise en parallèle avec , qui nous éclaire sur sa signification puisque « il y a et il n’y a pas s'engendrent ».  Rappelons quedésigne à la fois l’avoir et l’être, le verbe avoir et le verbe être, loin de la dichotomie occidentale. est la négation, l’absence de et signifie ne pas avoir, ne pas être, il n’y a pas, rien, nul, pas.  On pourrait le traduire par « vide » mais seulement en observant que ce vide est rempli d’énergie et de potentiel, comme nous le confirme d’ailleurs aujourd’hui la physique quantique. Au sixième siècle avant notre ère, les chinois avaient donc déjà l’intuition d’une matière / énergie invisible mais omniprésente. 

 

 

roue_char_vide.jpg

 

Traductions :

C'est le vide médian, ce qui correspond à l'absence, qui fait marcher le char / C'est de son vide que dépend l'usage du char / Ce vide dans le char en permet l'usage.

♥ « Le vide central fait l'utilité du chariot. » (Marcel Conche) « L’utilité de la voiture dépend de ce qui n’y est pas. » (J. J. L. Duyvendak)

  « La fonction vient de wu, l'usage du char vient de you. » (Henning Strom)

► La matière, l’essence, ce qu’il y a, dépend de ce qu’il n’y a pas, du vide, pour s’exprimer, Cf. le soufflet ou la flute de 5-4.

 

Contre-sens ?

Parler de « roue » en place de char est un moindre problème. Parler d’œuvre du char ou dire que le char avance idem. Parler de « vide central non sensible » itou. Le sens reste à chaque fois globalement le même : c’est parce que l’intérieur du moyeu est "vide" que la roue peut tourner, que le char peut avancer.

 

♫ Dont le wu permet l’utilité (du chariot)

Il est moins question de « vide » (xū, Cf.3-5) que de l’absence de quelque chose (wu) mais traduire par « dont le vide permet l’utilité du char » faciliterait la compréhension.

 

Réflexions :

1. « Selon les physiciens, la solidité de la matière n’est qu’une illusion. La matière prétendument solide, y compris votre corps physique, est constituée presque en totalité de vide. […] « La forme, c’est le vide, et le vide, c’est la forme », dit le soutra du cœur, un des recueils bouddhiste les plus anciens et les plus connus. L’essence de toute chose, c’est le vide. » (Eckhart Tolle, p.153)

2. Ce qui existe n’existe que par rapport à ce qui n’existe pas, de même qu’il ne peut y avoir de yin sans yang ou de jour sans nuit.

3. Regarder au-delà des apparences, de la seule réalité visible.

 

Le Mendiant

 

 

 

PS: une très belle année du serpent à toutes et à tous !  Le serpent ?  Voici ce qu’en dit mon ami Christophe Trontin, en direct de Chine : « Gardant toujours le silence et son sang-froid, le serpent représente la sagesse ; mais sa langue fourchue nous évoque aussi l’hypocrisie et la manipulation. Petite interprétation personnelle : le bilinguisme du serpent lui permet de dire une chose à l’un et le contraire à l’autre sans être démasqué. Machiavélisme des traducteurs, duplicité des interprètes ! Son venin mortel symbolise la mort, mais aussi la science médicale, et donc l’antidote et la guérison. Le serpent qui mue et change de peau représente le renouveau et la purification. Le serpent qui se mord la queue suggère l’éternel retour de l’immortelle bêtise humaine, tandis que le serpent tourné en nœud rappelle « le NOUVEL Omo, celui qui lave aussi bien que l’ancien... sans le nœud » (Coluche). »  Le serpent comme symbole taoïste ?

 

 

 

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4 février 2020 2 04 /02 /février /2020 08:00

 

 

Comment la roue tourne. Pourquoi le partage est une dynamique.

 

 

sān shí fú gòng yī gǔ

Trois – Dizaines – Rayons – Partager – Un – Moyeu

 

[sān shí] signifie trente. () [fú] signifie rai ou rayon. [gòng] signifie partager, faire la même chose, ensemble, commun, tous ou le Parti Communiste. () [gǔ] signifie moyeu (d’une roue) ou pivot. 

 

Traductions :

(Bien que) Trente rais / rayons (de la roue) se réunissent, s’unissent, convergent vers, se joignent au moyeu, autour d’un moyeu, en un moyeu unique

  « Trente rayons convergent au moyeu » (Liou Kia-hway)

► Certes, mais encore ?  Réponse dans la phrase suivante…

 

roue_char.jpg

 

Contre-sens ?

Seuls Stephen Mitchell « Nous joignons des rayons pour en faire une roue » et Léon Wieger « Une roue est faite de trente rais sensibles » s’égarent quelque peu dans les caractères mais le sens n’en demeure pas moins similaire. 

 

♫ Trente rayons se partagent un moyeu

 

Réflexions :

1. La convergence des idées, la collaboration des hommes, le partage, la solidarité font la roue et permettent d’avancer.  

2. Tout dans le Tao semble conduire au centre et au vide.

3. Nous partageons tous le même Tao, ici symbole de la dynamique de la roue de la vie.

 

Le Mendiant

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21 juillet 2019 7 21 /07 /juillet /2019 08:00

Un chapitre particulièrement ardu, entre techniques de longues vie et connaissance de soi, avec beaucoup de questions et une réponse sous forme de mystérieuse Vertu.

 

 

1

一,能

L’âme peut-elle embrasser l’Un et ne plus Le quitter ?

2

柔,能

Peut-on, en cultivant son Qi, devenir aussi souple qu’un nouveau-né ?

3

览,能

Peut-on, en se purifiant, en se sondant, redevenir sans défaut ?

4

国,能

Peut-on prendre soin du peuple et administrer l’Etat tout en pratiquant le non-agir ?

5

阖,能

Peut-on, face à la porte céleste, agir avec l’impassibilité de la femelle ?

6

达,能 乎。

Peut-on, empli de connaissance, pratiquer le Non-savoir ?

7

之,畜 之,生

Donner naissance et élever sans notion de propriété ;

8

恃;长 宰,

Accomplir sans rien attendre ; guider sans rien revendiquer

9

德。

Telle est la mystérieuse Vertu

 

 

Cliquer sur le numéro de phrase vous transportera directement aux explications de la phrase en question. Après le désordre ordonné, voici l’ordre apparent…

 

 

Vidéos de l’internet chinois…

 

Prononciation en chinois (Chap 10 à partir de 4 :42)

 

 

 
 

Commentaires :

 

Nous commençons le travail sur soi avec un exercice de méditation : embrasser (), se fondre dans l’Un (), afin d’obtenir une stabilité perpétuelle. A moins qu’il ne s’agisse de faire l’unité entre l’âme visionnaire, spirituelle, l’esprit (certaines versions du texte ont en effet remplacé le caractère  ying par le caractère hun) et l’âme végétative, le corps (). Si nous y réussissions, si nous pouvions ne plus quitter () cet état, nous serions alors immortels, à l’image du  Tao. Est-il nécessaire de préciser que ce n’est pas le cas, d’où l’interrogation () d’un Lao Zi réaliste. La perspective nénmoins de prolonger sa vie en assurant au maximum cette unicité, que celle-ci soit cosmologique ou « médicale ».

 

Exercices sur le souffle ensuite : se concentrer () sur son Qi () pour retrouver la souplesse () du nouveau-né ( ou ) qui, sans ego, n’a pas encore de volonté, de désir ou d’action, est encore tout entier dans le Tao, dans le respect de sa nature. L’occasion ici, voir 10-2, de définir ce concept fondamental de souffle-respiration ou « force vitale ».

 

Travail de purification maintenant : laver () et éliminer () en profondeur () afin de pouvoir () être sans taches, sans défauts (). Lao Zi n’a pas de lessive particulière à nous recommander et il questionne à nouveau () cette possibilité. La pureté sera néanmoins favorisée par la connaissance de soi : entrer au plus profond de soi afin de comprendre ses zones d’ombres. Lao Zi psychanalyste ? Marcel Conche doit le penser : « Il s’agit de n’avoir, dans son for intérieur, que des pensées chastes. Ainsi sera-t-on comme le nouveau-né, c'est-à-dire l’homme avant l’apparition du désir sexuel. » (p.88)

 

Puis viens un message à l’attention des gouvernants : ne multipliez donc pas l’action (), les lois et les mesures mais montrez plutôt l’exemple ! Il ne s’agit pas d’être un technocrate ou un expert, démontrant en permanence son savoir (certaines versions du texte parlent de non-savoir plutôt que de non-action) mais un serviteur qui aime () les gens, le peuple (). Alors le pays () sera bien gouverné () !

 

 

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Ce qu’on entend par la « porte céleste » ( ) modifiera en profondeur le sens de la phrase : pour les uns, il sagit des « orifices génitaux de l’homme et de la femme », pour Marcel Conche (qui a laissé la psychanalyse de côté), il s’agit des yeux qui permettent de contempler, d’être réceptifs à la nature. Pour le Maître du Bord du Fleuve, ce terme désigne le « palais de la Ténuité purpurine au pôle Nord » (Catherine Despeux a la bonne idée de rappeler qu’il s’agit du centre du ciel d’après la cosmogonie chinoise), ou encore les narines qui s’ouvrent () et se ferment () avec la respiration. Pour Wang Bi, enfin, « la porte céleste fait référence au point à partir duquel tout dans le monde vient à paraître. » (Despeux, p.212). Quant à Henning Strom, il rappelle qu’en acupuncture, le point Poumon 7 est appelé par les anciens Tian Men ( ) et qu’il « est le point de commande de Ren Mai qui est le Méridien le plus yin et donc en analogie avec la Femelle. » (p.33) En effet, c’est encore le calme et l’impassibilité de la femelle () qui sert d’exemple au sage, Cf. Chap 6.

 

Cette fois, c’est la traduction de qui pose problème : quatre étendues, quatre perfections ou quatre extrémités (du monde). Le sens reste néanmoins plus ou moins le même : est-il possible, alors que l’on est riche de compréhension (), de pratiquer le non-savoir ( ), de rester dans l’inconnaissance, être comme ne sachant rien. « Être comme un nouveau-né, ne pas laisser sa force vitale être altérée par le retentissement de tout ce qui a lieu. Garder sa spontanéité, à partir de quoi commence toujours à nouveau la vie. Car on est toujours à la naissance du monde, et l’acte créateur est en chacun de nous. » précise Marcel Conche (p.91)

 

Les trois dernières phrases définissent la mystérieuse () Vertu (), en reprenant les termes de 2-12 et 2-13. Il s’agit de prendre modèle sur le Tao qui engendre et élève () sans posséder (), accomplit () sans rien attendre (), développe () sans exercer d’autorité (). « Quand on parle d’insondable Vertu, cela signifie que la Vertu est présente, mais que l’on ignore quel est son souverain. Elle provient de l’insondable insondabilité » précise le Maître du Bord du Fleuve, faisant référence à 1-8. Marcel Conche, plus pragmatique, parle de « comportement vis-à-vis des enfants et de sa descendance », allant définir la vertu de la femme au fait d « être assez généreuse et assez forte pour refuser l’IVG ; ensuite, allaiter et élever soi-même son enfant ; le moment venu, le laisser aller vers sa vie et son avenir sans attendre de gratitude ».   Concluons donc plutôt avec Cheng Man Ching[1] « Si l’on agit conformément à la nature, il n’est pas nécessaire d’agit consciemment ou d’insister pour avoir la confiance des autres. » (p.55)

 

Le Mendiant

[1] Mes mots sont faciles à comprendre, Le Courrier du Livre, 1998, un livre globalement peu recommandable pour comprendre Lao Zi ou le Tao.

 

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