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5 mai 2019 7 05 /05 /mai /2019 08:00

Pourquoi le détachement est conforme à l’ordre naturel. Pourquoi le courage est parfois de se retirer avant qu’il ne soit trop tard.

 

退 道。

gōng suì shēn tuì tiān zhī dào

Œuvre – Accomplir – Personne/Corps – Se retirer – Ciel – [laison] – Tao

 

[gōng] signifie mérite, accomplissement, résultat, travail ou talent, Cf. 2-14. [suì] signifie réussir, remplir, accomplir, réaliser ou satisfaire. [shēn] signifie corps, personne, vie, statut, soi-même, personnellement ou le caractère moral et la conduite de quelqu’un, Cf.7-4.  退 [tuì] signifie reculer, se retirer, abandonner, annuler, décliner, quitter.

 

Traductions :

Quand l'œuvre/l’ouvrage/le travail/la besogne est accomplie (et que la réputation suit), lorsqu'on a fait de grandes choses (et obtenu de la réputation), quand l'homme réussit et par la suite se retire, s’efface, il suit la (vraie) Voie du Ciel, c'est le Dao du Ciel, la manière du Ciel.

  « L'œuvre accomplie, se retirer, c'est cela la Voie du Ciel.» (Père Claude Larre)

  « Retirer son corps quand l’oeuvre est accomplie, telle est la Voie du ciel. » (J. J. L. Duyvendak)

► Nous retrouvons ici le sens de 2-14 mais avec une perspective vers le ciel. Quelle est donc cette Voie du Ciel ?  Isabelle Robinet rappelle « deux caractéristiques importantes de l’immortel taoïste : l’ermite des montagnes, et le personnage fugace qui disparait et s’envole dans les cieux. » (p.169) Lao Zi ferait-il ici mention d’un envol vers l’immortalité une fois l’œuvre accomplie ?  L’interprétation que nous faisons de Duyvendak est encore plus claire : une fois la vie achevée, le corps meurt et va au ciel !

 

sarko_dehors.jpg

 

Contre-sens ? 

Parler de loi à propos du Dao est une curieuse traduction de Liou Kia-hway : « "L'œuvre une fois accomplie, retire-toi", telle est la loi du ciel. »  Idem pour la traduction de en "sens" de Ma Kou : « tel est le sens de la voie ». Mais le pompon est une nouvelle fois décroché par Stephen Mitchell avec son « Fais ton travail puis retire-toi. La seule voie vers la sérénité. » Les concepts de renommée ou de réputation ajoutés par certains traducteurs débordent du texte.

 

♫ Se retirer une fois l’œuvre accomplie est le Tao du Ciel.

Ou bien un plus original : « le Tao est de se retirer au ciel une fois l’œuvre accomplie. »

 

Réflexions :

1. Sagesse (ou pragmatisme) suprême de s’éclipser une fois (ou avant) la renommée atteinte. Ainsi, nul risque de décevoir ou de s’affaisser : l’œuvre ne peut que perdurer, comme il est dit en 2-15.

2. Œuvre pour l’œuvre et non pas pour la gloire. Toucher la cible n’est ainsi pas le but du Kyodo (tir à l’arc japonais) « Ce n’est pas l'arrivée qui compte mais la route » dit un proverbe gitan.

3. Histoire de Lao Zi qui s’est retiré juste après avoir écrit son texte et est ainsi devenu immortel.

4. Ecart entre la sagesse exprimée à l’écrit et la réalité de l’existence d’un auteur. Incohérences naturelles et susceptibles d’être révélées avec les projecteurs du succès.

5. Se retirer d’abord ne permet-elle pas à l’œuvre de mieux s’accomplir ? Cf.2-13

6. « Laisse donc Dieu embrayer en toi, remets l’œuvre entre ses mains et ne te soucie pas de savoir s’il la mène à bien « naturellement » ou « surnaturellement » ! Les deux, nature et grâce, sont à lui. Que t’importe la façon dont il s’y prend pour œuvrer en toi ou chez un autre ? » (Maître Eckhart, p.199)

7. Il serait aussi souhaitable d’arriver à se retirer lorsque l’œuvre ne prend pas l’allure souhaitée, à fortiori si elle devient négative. Problématique de dirigeants autistes face aux répercutions de leurs politiques…

 

Le Mendiant

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