Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
9 juin 2019 7 09 /06 /juin /2019 08:00

Pourquoi la sagesse est incompatible avec la politique moderne. Comment agir pour l’intérêt général.

 

国,能

ài mín zhì guó, néng wú wéi hū

Aimer – Peuple – Gouverner – Pays, Pouvoir – [négation] – Action – [Interrogation]

 

() [ài] signifie (verbe) aimer, chérir, apprécier, prendre soin, avoir tendance à ou (nom) amour, affection. [mín] désigne le peuple ou les civils, Cf. 3-1. [zhì] signifie gouvernement, gouverner, administrer, manager, contrôler, soigner, guérir ou punir, Cf. 3-4. () [guó] signifie le pays, l’Etat, la nation ou national. A noter que certaines versions du texte ont le caractèreen place de : le non-savoir (voir 10-6) au lieu du non-agir.

 

Trad. 1 :

Peut-on gouverner l'Etat et veiller sur le peuple par la pratique du non-agir, tout en pratiquant le non-agir ?

♥  « Peux-tu aimer le peuple et gouverner l'Etat par le non-agir ? » (Liou Kia-hway)

► Une interrogation sur la possibilité du non-agir en tant que politique de gestion de l’Etat. Le non-agir n’est-il pas contradictoire avec la politique ? La légende personnelle de Lao zi évoque bien un sage abandonnant un pouvoir corrompu. L’histoire aussi de Lie zi ne voulant pas brider sa liberté contre un marocain dans un ministère. 

 

Trad. 2 :

En aimant le peuple et en gouvernant l’État / en dirigeant le groupe, peux-tu être sans action, ne pas agir ? / Aimer le peuple, afin de pouvoir gouverner sans agir

► Une relation de cause à effet inversée (et éloignée des caractères) mais intéressante: l’amour en tant que programme politique suffisant, permettant le non-agir ?

 

administation_nb.jpg

 

Contre-sens ? 

Cette phrase est déjà beaucoup plus simple mais beaucoup de traducteurs continuent d’oublier l’interrogation : « tu peux alors pratiquer le non-agir », le laconique « Ménager le peuple sans intervenir » de Conradin Von Lauer ou l’intéressant « En fait d’amour du peuple et de sollicitude pour l’État, se borner à ne pas agir » de Léon Wieger. D’autres traducteurs continuent à solliciter leur imagination: « sans user de subtilité » de François Huang et Pierre Leyris, « sans faire usage de ton intelligence» de Jean Levi, « sans intelligence » de Rémi Mathieu ou « sans leur imposer ta volonté » de Stephen Mitchell. D’autres insistent sur la notion de savoir (suivant certaines versions du texte): « ne pas recourir au savoir » (Catherine Despeux) ou « tout en restant dénué de savoir » (Richard Wilhelm) La palme revient à cet égard au Père Claude Larre (un habitué du podium) qui nous propose une nouvelle version de 3-7 avec son « Epargnant votre peuple, en conduisant l'Etat, saurez-vous le garder éloigné du savoir ? » Que le concept de [wú wéi] soit toujours aussi mal compris et traduit au bout du dixième chapitre a de quoi laisser perplexe.  Je sais bien que le chinois est du chinois mais tout de même…

 

♫ Peut-on prendre soin du peuple et administrer l’Etat tout en pratiquant le non-agir ?

 

Réflexions :

1. L’intérêt général devrait être l’unique souci des politiques mais nous avons de plus en plus le sentiment que ces derniers – hors échelons locaux ou régionaux - n’aiment pas voire méprisent les citoyens. Du coup, ne feraient-ils pas mieux de ne plus agir et de se retirer de la vie publique ?

2. La posture du sage n’est pas une posture politique. Il se tient à l’écart du système et n’est ainsi pas affecté par ses remous. Celui qui aspire à la sérénité doit naturellement s’éloigner du pouvoir et des médias mais nous limiterions aussi grandement nos ressentiments et notre écœurement en cessant de nous intéresser d’aussi près aux scandales politiques. Casser le thermomètre pour ne pas voir la maladie ?  Pour ceux qui savent qu’ils ont la fièvre, à quoi bon la mesurer et la commenter tous les jours ?

3. Illustration : Sarkozy gesticulait en tous sens et jouait les hyperactifs mais n’aimait pas le peuple (qui le lui rendait bien). Chirac donnait l’impression de ne rien faire mais aimait les gens. L’action détournerait-elle des fondamentaux ?  La non-action préserverait-elle des mécontentements ?

4. La politique consiste-t-elle à suivre le courant (vision taoïste) ou bien à aller à contre-sens ? Quelles sont les marges de manœuvre des états à l’heure de la mondialisation ? Le concept de TINA (There is no alternative, il n’y a pas d’alternative) n’est-elle pas une excuse bien facile pour laisser faire ?

 

Le Mendiant

Partager cet article

Repost0

commentaires